Comme je l’ai présenté ici le 11 septembre dernier, voici le résumé d’un aspect de mon cours No7 de l’université du troisième âge (UTA) que j’ai donné hier à St-Bruno et mercredi dernier à Longueuil (bientôt disponible ici...).

Ce cours s’ouvrait sur un bref aperçu de certaines de nos capacités cognitives souvent appelées « fonctions exécutives ». Il s’agit d’une famille de processus mentaux variés et typiquement « top down », c’est-à-dire partant d’une motivation intrinsèque plutôt qu’initiés par des stimuli en provenance de l’environnement. Les fonctions exécutives permettent, en gros, d’ajuster son comportement et ses objectifs en fonction de demandes souvent imprévues ou qui nécessitent de « sortir des sentiers battus » ou « to think outside the box », comme on le dit en anglais.

On a l’habitude d’y inclure des processus généraux comme la mémoire de travail, la flexibilité cognitive ou le contrôle inhibiteur.

Ou encore l’attention sélective qui peut être simplement utilisée dans un premier temps simplement pour contrer des stimuli « bottom up » trop intrusifs et nous donner le temps de réflexion nécessaire à la mise en œuvre ces fonctions exécutives, souvent plus longues à mettre en marche, parce que plus riches et complexes qu’une simple réponse automatisée à un signal déclencheur bien connu en provenance de notre environnement. C’est, en gros, la théorie des processus duaux repriseS sous différentes formes par les philosophes et les psychologues depuis plusieurs décennies et étudiée plus récemment en termes d’activité cérébrale par des gens comme Olivier Houdé, par exemple.

Pour ce qui est des autres fonctions exécutives de base, la mémoire de travail nous permet par exemple de retenir quelques secondes ce qu’une personne est en train d’expliquer lors d’une conversation pour pouvoir ensuite lui répondre. La flexibilité cognitive favorise pour sa part l'exploration de plusieurs stratégies possibles pour faire face à une situation. Quant au contrôle inhibiteur, sur lequel on reviendra dans un instant, il nous permet d’inhiber une première réponse qui nous vient automatiquement au profit d’une autre, souvent plus élaborée et plus appropriée.

À partir de ces fonctions exécutives générales, d’autres processus de plus haut niveau encore pourront éventuellement se construire. On pense ici à des choses comme la planification, le raisonnement, la résolution de problèmes, l’élaboration de stratégies complexes, etc.

Le cortex préfrontal joue un rôle-clé dans le soutien de toutes ces fonctions exécutives, mais également d'autres régions cérébrales comme les cortex associatifs pariétaux et temporaux.

Ces fonctions se développent aussi graduellement, du début de l’enfance jusqu’à l’âge adulte et peuvent être améliorées avec la pratique ou dégradées par différents facteurs comme la prise de substance psychoactive, le stress ou encore des lésions cérébrales ou des maladies neurodégénératives.

Mais revenons à cette capacité exécutive de base que constitue le contrôle inhibiteur. Il permet non seulement la suppression des pensées ou d’actions automatiques inappropriées, mais également de résister par exemple aux interférences d'information non-pertinente à l’objectif recherché (dans un problème de maths, par exemple). Elle facilite aussi nombre de compétences sociales en régulant certaines réactions émotionnelles (comme crier « vos gueules » à ceux qui chuchotent devant vous au cinéma…).

L’une des manifestations les plus évidentes et cocasses du contrôle inhibiteur est donné par le « test du marshmallow ». On met un marshmallow devant un enfant et on lui dit qu’on va aller en chercher un autre. et lui donner si et seulement s’il n’a pas mangé le premier marshmallow quand l’adulte revient avec le deuxième. Et l’on filme l’enfant seul dans la pièce qui attend devant le marshmallow… (voir les quelques photos extraites du film en haut de ce billet). La tentation de manger le marshmallow est si forte et leur système inhibiteur si rudement mis à l’épreuve que certains vont même jusqu’à s’asseoir sur leurs mains pour s’aider à résister !

Un autre exemple où le contrôle inhibiteur peut nous être utile, dans le domaine cette fois de la grammaire, c’est lorsqu’une situation évoque l’application d’une règle qui n’est pas la bonne. Si vous écrivez « je les porte » alors que vous n’êtes pas trop concentré, même si vous avez un bon niveau de français vous écrirez peut-être « je les porte ». La mauvaise règle nous vient ici de l’automatisme « les = pluriel = s ». Pour donner la bonne réponse, on doit donc court-circuiter cet automatisme et accorder le verbe avec le sujet, et pas avec le pronom pluriel qui le précède. Et je me rends compte, en me relisant, que j’étais une fois de plus tombé dans ce piège en écrivant plus haut « … la théorie des processus duaux reprises sous différentes… » ! « Reprise » ne doit pas prendre de « s », car c’est la théorie qui est reprise, et non les mots pluriels immédiatement devant.

En terminant, peut-être juste clarifier un point qui peut porter à confusion à propos du terme « inhibition ». Il peut en effet être utilisé à différents niveaux d’organisation. Au niveau psychologique, quand on parle d’un comportement automatique qui est inhibé suffisamment longtemps pour permettre l’émergence d’un raisonnement rationnel (ne serait-ce que des raisonnements logiques tout simples comme : « La mère de Toto à trois fils : Cric, Crac et… Toto, et non Croc, comme plusieurs personnes qui ont connu la fameuse pub de céréale Rice Krispies répondent souvent sans réfléchir).

Et puis il y a l’inhibition au niveau neuronal, entre des neurones individuels (par l’entremise de synapses inhibitrices au GABA, par exemple) ou différentes assemblées de neurones (comme ce que propose Paul Cisek et ses collègues dans leur hypothèse de la compétition d’affordances pour la prise de décision).