Aller au Planétarium de Montréal, c’est comme aller au cinéma « mais en mieux ! ». Alors que je m’attarde dans l’entrée, ma fille file déjà dans la salle de l’exposition permanente où elle sait trouver des animations ludiques sur l’histoire de l’univers, les météorites, l’espace et ses mystères.

Nous nous apprêtons à entreprendre, immobiles, un voyage à la découverte les trois missions d’exploration du nouveau spectacle Les Voyageurs de l’ombre. Comme dans une fusée, c’est allongées sur les poufs et les yeux vers le ciel, ou plutôt l’écran, que nous filons dans le vide spatial. Nous voilà à la rencontre de la petite comète « Tchouri » (67P/TG), découverte par les astronomes russes Klim Ivanovitch Tchourioumov et Svetlana Ivanovna Guérassimenko. Cette petite boule de glace à la forme de canard est devenue célèbre grâce à la mission européenne de 2014.

C’est la sonde Rosetta, lancée en 2004 par l’Agence spatiale européenne, qui nous y transporte. Souvenez-vous des mésaventures de l’atterrisseur Philae qui a rebondi sur sa surface, mais a ramené d’inoubliables images de ce petit objet spatial plutôt modeste, 4 km, fait d’eau, de dioxyde de carbone, de méthane, de sulfure d’hydrogène… il y a également des traces de composés organiques, une première !

Puis, en route pour la planète naine, Cérès a été moins médiatisée. Il s’agit du plus grand objet de la ceinture principale d’astéroïdes, entre Mars et Jupiter. Avec sa forme quasiment sphérique, il s’agit de la plus petite planète naine du Système solaire (la plus grande est Pluton), un objet céleste trop petit pour décrocher le nom de planète, mais trop gros pour porter l’étiquette d’astéroïde, selon l’Union Astronomique Internationale. Récemment, les astronomes ont observé de mystérieuses taches de lumière – probablement des étendues de carbonates. Sous l’œil de la sonde Dawn, ils ont pu aussi découvrir un volcan froid, le Ahuna Mons.

Enfin, c’est au tour des planètes naines Pluton et d’une de ses lunes, Charon, à se révéler. Ce gros satellite de l’ancienne planète possède, comme la Lune, une rotation synchrone et donc montre toujours la même face à Pluton. Le satellite géant a également une zone sombre, baptisée – et on appréciera le clin d’œil à Tolkien – Le Mordor.

C’est la sonde New Horizon qui a mis à jour le sombre pôle nord de Charon et la forme en cœur de Pluton – un grand bassin d’azote gelé qui laisse supposer la présence passée d’un océan liquide sur la naine géante.

Chants célestes

De cet espace silencieux surgissent les sons des collisions cosmiques, les pulsations des étoiles et le chant des comètes. Ainsi, la sonde Rosetta a capté le « chant » de Tchouri en novembre 2014 – il s’agit du champ magnétique de la comète, traduite en une rapide pulsation sonore semblant sortie d’une gorge extraterrestre.

Véritable poésie visuelle et musicale de Kyma, ondes en puissance nous transporte dans une circonvolution sonore d’images de la nature, d’allégories scientifiques et d’interprètes musicaux. Conçu par Philippe Baylaucq, le réalisateur d’Ora et d’Hugo et le dragon, le spectacle donne un peu le tournis. Le son, serait-il un peu fort ? Ma fille roule des yeux et se bouche les oreilles à plusieurs reprises. Je remarque autour de moi que les adultes apprécient plus que les plus jeunes qui restent perplexes devant ce déluge tourbillonnant d’images et de son.

Pour ma part, la magie opère. La demoiselle a cependant hâte de sortir de cet assourdissant poème. C’est le temps de rentrer la tête pleine de voyageurs, petits et grands, et de leurs chants. Et de nous souvenir que nous ne sommes que poussières d’étoiles en route dans un vaisseau fragile à près de 108 000 kilomètres/heure.