Vers l’âge de 11 ans, j’ai rêvé que je descendais de mon lit étagé, que je me rendais dans la salle de jeu pour chercher des bas de nylon, que j’ai essayé d’enfiler. J’ai ensuite regardé par la fenêtre du sous‑sol en m’agrippant sur un meuble et je suis retournée me coucher. Mais avais‑je vraiment rêvé?

C’était mon premier épisode de somnambulisme, assez fréquent chez les enfants, qui se manifeste chez environ 4 % des adultes. Souvent associé à des légendes urbaines, à cause de cas rares et exceptionnels d’actes violents, le somnambulisme est bénin. Certes, on déconseille de réveiller un somnambule, car celui‑ci se retrouverait alors dans un état de confusion absolue, alors vous pouvez simplement le ramener dans son lit.

Mais comment peut‑on être éveillé sans être réveillé? Pourquoi est‑on inconscient de cet état quasi conscient? Surtout que, chez les primates, le somnambulisme est essentiellement humain? Ce serait le vestige d’un mécanisme de survie, à l’époque où la vie était risquée et qu’il fallait être constamment à l’affût des dangers. Aujourd’hui, la meilleure preuve du phénomène se manifeste quand on passe une première nuit ailleurs : à ce moment,  l’un des hémisphères du cerveau demeure plus actif que l’autre, en état de vigilance.

Quand on dort, des zones du cerveau dit « primitif » (aussi appelé système limbique), qui régit les émotions, et du cortex, qui régit l’activité motrice complexe, demeurent actives. Comme en état d’éveil. Tout cela en même temps que le cortex frontal et l’hippocampe, qui contrôlent la raison et la mémoire, sont en dormance. Comme si le cerveau ne complétait pas la transition en l’état d’éveil et le sommeil.

On a cherché à savoir si ces états d’éveil et de dormance concomitants étaient associés de quelque façon. Et, grâce à une récente étude montréalaise, la réponse est affirmative : les épisodes de somnambulisme sont précédés de processus cérébraux caractérisés par la coexistence d’un état d’éveil et de sommeil profond.

Ainsi, le cerveau pris dans les limbes de l’état de veille peut réagir rapidement en cas de danger ou de mauvaise surprise. D’ailleurs, plusieurs espèces du règne animal vivent de cette façon : flamants roses, fourmis, suricates et dauphins qui, littéralement, ne dorment que d’un œil!

Mon histoire ne finit pas ici. Comment ai-je pu savoir que je n'avais pas rêvé? Le lendemain, je suis allée voir si j'avais laissé les bas au sol, parce qu'ils ne me faisaient pas. Ils étaient là. Donc je n'avais pas rêvé. Pourtant, je dormais quand même!