Apparemment, la communication non verbale était le fort d'Arthur Porter. L'homme assistait aux réunions, bien calé dans son fauteuil, les mains sagement posées sur ses accoudoirs comme un pontife. Ceux qui l'ont côtoyé le disent: il avait une prestance, une présence forte. Bref, il était un maître incontesté de la communication non verbale.

Le bon docteur Porter a beau maintenant être devenu un fugitif camouflé derrière un bar sexy aux Bahamas, l'homme a été jusqu'à sa fuite récente une star parmi les puissants. Tour à tour gestionnaire étoile du Centre médical de la ville de Détroit, directeur vénéré du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), et sans aucune logique apparente, membre du très fermé Comité canadien de surveillance des activités de renseignement de sécurité. Avec un curriculum vitae aussi gonflé qu’entaché, selon ce qu’on apprend après des mois d’enquête, on se demande de ses compétences ou de sa capacité inouïe à se tricoter un fil dans les plus hauts échelons a le plus contribué à son succès.

Ceci est mon corps, livré pour vous

L’expression «communication non verbale» reste la meilleure interprétation pour désigner les messages signalés par la position du corps, les attitudes, les gestes, les expressions du visage, la respiration, etc. Albert Mehrabian, psychologue américain et référence mondiale de l’impact des messages verbaux et non verbaux, a défini trois modes de communications avec une pondération de leurs impacts, répartis de la façon suivante:

• Les mots comptent pour 7%.

• L’intonation et le timbre de la voix comptent pour 38%.

• L’expression du visage et le langage corporel comptent pour 55%.

Le non verbal dévoile qui nous sommes...

Les spécialistes du recrutement des cadres supérieurs le disent. Les candidats les plus solides sont très conscients d'eux-mêmes et de l'image qu'ils dégagent.

Dans une interview parue dans le Financial Times, le psychologue Lee Croll associé à la compagnie spécialisée en recrutement des hauts dirigeants Russell Reynolds Associates reconnaît aux meilleurs candidats des qualités comme une sensibilité, une capacité émotionnelle aiguë pour adapter leurs comportements au contexte ou à la situation.

«Le langage corporel montre des signes d’ouvertures, le candidat ralentira le débit de paroles en réponse aux questions, donne-t-il en exemple.»

Le site commercial BodyLanguageExpert, mercantile certes, mais abondamment référencé, dresse notamment une liste des codes non verbaux qui ont un impact sur la perception, notamment dans les réunions d’affaires:

  • Le choix de votre place à la table.
  • Aux côté de quels collègues vous choisissez de vous asseoir.
  • De qui voulez-vous vous éloigner.
  • Quoi faire avec vos mains, vos jambes, vos bras.

Le dirigeant s’assoit habituellement au bout de la table. Les places le plus près de lui sont habituellement réservées aux gens les plus influents.

Selon BodyLanguageExpert, vous allez idéalement éviter de vous asseoir directement en face d’une personne désagréable ou avec qui vous êtes constamment en désaccord. On vous suggère en diagonale, au mieux, juste à côté de cette personne.

La position assise droite, mais détendue est à privilégier. Évitez la posture du général, avec l’allure au corps tendu au maximum! On suggère de pencher légèrement la tête vers l’avant. On déposera délicatement une main sur l’autre. Laissez tranquilles le crayon et la documentation devant vous. Parlez avec des gestes contrôlés et calmes, en dessous du menton.

… surtout si nous sommes fiables

De nombreuses études ont clairement analysé les messages et la signification des gestes impliqués dans la communication non verbale. Or, on ne s’est intéressé que récemment à savoir comment l’utiliser pour décoder la sincérité d’une personne.

Une équipe de chercheurs du laboratoire des médias du prestigieux MIT et de l’Université Cornell ont créé un robot, Nexi, capable d’interpréter les intentions des personnes à qui il parle.

Dans l’expérience, les participants jouaient à échanger de l’argent avec Nexi pour simuler une transaction. Deux chercheurs commandaient à distance les expressions non verbales du robot, pour voir si les participants allaient modifier leurs comportement en fonction de ces signaux.

Il en ressort que certains signaux associés à la méfiance (bras croisés, dégagement du corps vers l’arrière, par exemple) inspiraient la méfiance. Du coup, les participants ajustaient leurs transactions en conséquence, ont conclu les chercheurs.