

L'insaisissable trésor de l'Ile-aux-Chênes
(3)
En 1849, les recherches reprennent
avec la coopérative de Truro. Il ne s'agit plus cette
fois de creuser mais de faire des forages, pour savoir une
fois pour toutes ce qui se trouve au fond. Les premiers
résultats confirment les espoirs les plus fous: après
avoir dépassé les 110 pieds, la foreuse passe
à travers 10 cm de bois (le sommet d'une caisse?)
et pénètre dans du métal en vrac!
Lorsqu'on remonte la foreuse, on y trouve
des échantillons de chêne et ce qui semble
être trois maillons en or d'une chaîne de gousset.
C'est la première fois qu'on a la preuve que quelque
chose de payant se trouve au fond. Encouragé, on
refait descendre la foreuse. Au-delà du métal,
elle traverse 20 cm de bois; sans doute le fond du coffre
suivi du sommet d'un autre. Puis, 56 cm de métal
en vrac. Puis, 10 cm de chêne (le fond du 2e coffre?)
et 15 cm d'épinette (le plancher?).
Persuadés d'avoir enfin atteint la
chambre au trésor, les chercheurs ne sont pas pour
autant au bout de leurs peines: personne n'est encore parvenu
à abaisser l'eau du puits, même avec des pompes.
A l'été 1850, ils décident
donc de forer un second puits pour faciliter le pompage.
Ils creusent jusqu'à 36 mètres (120 pieds),
un niveau jamais atteint jusque-là. Puis, ils se
dirigent vers le premier puits, dans l'espoir d'atteindre
le trésor par en-dessous. C'est la catastrophe: en
moins de 20 minutes, le second puits se remplit au même
niveau que le premier. Pire encore, à en juger par
le bruit, les ouvriers en déduisent que le fond du
puits au trésor s'est affaissé dans leur propre
conduit. Lequel est maintenant tout aussi inondé
que le premier puits. Chou blanc.
Ce n'est qu'à ce moment qu'un ouvrier
a l'idée de goûter l'eau du puits: elle est
salée. C'est donc de l'eau de mer, et non un lac
souterrain. Le puits est relié à la mer: pas
étonnant qu'on n'arrive pas à le pomper!
On finit par trouver dans une anse, à
une centaine de mètres de là, un endroit d'où
l'eau s'échappe, à marée basse, à
travers le sable. Les ouvriers enlèvent
aussitôt le sable et le gravier et s'aperçoivent
que la plage a été recouverte d'une couche
compacte de galets et de roches entre lesquels on a tassé
des algues et des fibres de noix de coco. Autrement dit,
quelqu'un a transformé 45 mètres de plage
en éponge, puis recouvert le tout de sable. La plage
au complet est artificielle!
Ce n'est pas tout: cinq conduits souterrains
d'écoulement recouverts de gros galets et de roches
plates conduisent à l'entrée d'un tunnel.
À marée haute, l'eau s'infiltre par ces cinq
conduits, et de là par le tunnel (no. 5, ci-contre),
en direction du puits au trésor. Et l'hypothèse
de la paille se révèle exacte: quiconque enlève
les plate-formes de chêne du puits, enlève
les "bouchons" qui empêchaient l'eau de
la mer d'atteindre le puits (sur le dessin ci-contre, 2
représente le niveau de la mer). Comme une paille
qui ne se remplira pas si on en bouche une extrémité
avec le doigt!
De toute évidence, les mystérieux
constructeurs de cet ingénieux système se
sont donnés un mal fou pour empêcher des intrus
d'accéder à leur trésor...
Qui a fait ça?
Mais qui sont ces constructeurs? Au fil des générations,
toutes les hypothèses y sont passées. Sauf
qu'on estime que la construction du puits et des conduits
aurait exigé une centaine d'hommes pendant six mois.
Or, la région n'a gardé aucun souvenir d'une
quelconque activité -l'île est à quelques
coups de rames de la côte, il aurait donc été
difficile de cacher un séjour de six mois aux riverains.
Aucune légende dans aucun port. On
n'a jamais retrouvé la moindre trace d'une habitation
humaine sur l'île. Bref, le mystère avec un
grand M.
***
De 1850 à aujourd'hui...
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