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Menaces des temps modernes
(16 mai 2004) -
Si votre cur tressaute lorsqu'on prononce les mots SRAS,
virus du Nil, maladie de la vache folle ou grippe aviaire, il
va falloir vous faire une raison : toutes ces menaces sont là
pour rester !
"De nouveaux virus apparaissent, s'adaptent rapidement
et passent les frontières inter-espèces. À
quel moment va surgir un pathogène qui va faire le tour
de la planète, voilà la vraie question", affirme
le Dr Jean Joly, directeur du laboratoire de l'Institut national
de santé publique, l'un des participants du colloque "Penser
la menace : panique, contagion et droits fondamentaux" de l'ACFAS.
Il s'étonne toutefois que nos citoyens s'alertent
face à la maladie de la vache folle "moins de 100
cas dans le monde, aucun au Canada" alors que le sida ne
semble pas les concerner. "Nous vivons au sein de deux mondes
débranchés. Le VIH décime des millions de
personnes, mais loin de nous. Notre perception de la maladie dépend
aussi de la publicité médiatique", sanctionne le
Dr Joly.
Les médias contribuent en effet à
la panique ambiante en alimentant la fièvre. "Il y a la
contagion virale mais on peut parler aussi de la contagion médiatique",
affirme Christian Saint-Germain, professeur de philosophie de
l'UQAM.
Le philosophe va jusqu'à dire qu'il faudrait
mieux taire cette menace. "L'information devient aussi dangereuse
que l'épidémie. L'effet de sensationnalisme, les
raccourcis des journalistes, le décompte des morts; tout
cela nuit à la compréhension et à la sécurité",
renchérit Christian Saint-Germain, qui prône plutôt
l'adoption de mesures drastiques, jusqu'à la censure...
Entre bien-être collectif et droits individuels
Lors de menaces, la population se retourne généralement
vers l'État, exigeant plus de contrôles aux frontières.
Il existe d'ailleurs une définition de la menace dans la
Loi provinciale sur la santé publique (art. 2), une mesure
renforcée par la Loi canadienne sur la quarantaine, explique
Thérèse Leroux, professeur au Centre de recherche
en droit public (CRDP) de l'université de Montréal.
Maladies à déclaration
obligatoire, examen médical sans délai, retenue
et isolement, traitement obligatoire, différentes mesures
peuvent alors être prises. Ce sont les membres du comité
consultatif en épidémiologie qui établissent
une liste des maladies qui doivent être déclarées.
Depuis janvier 2003, le VIH et la maladie de Creutzfeldt-Jakob
(http://dsol-smed.hc-sc.gc.ca/dsol-smed/ndis/index_f.html)
y ont été ajoutés. "Tous les porteurs du
VIH figurent au sein d'une base de données. La déclaration
est obligatoire et une enquête va être automatiquement
menée" pour savoir comment la maladie a été
contractée, précise Thérèse Leroux.
Une mesure qui devient de l'ingérence dans la vie privée.
"On accepte généralement que les droits
individuels cèdent devant les droits collectifs en cas
d'épidémie, explique Louise Bélanger-Hardy,
professeur en droit de la santé l'Université d'Ottawa.
Le danger vient que les solutions radicales sont les plus faciles
à prendre."
En se penchant sur le cas du SRAS à travers
trois volets l'infrastructure en santé publique,
la bioéthique et les droits de la personne elle a
constaté différents problèmes discrimination
de la population asiatique, baisse de soins des autres malades,
transmission de l'information inadéquate, etc. et
certaines lacunes, tel un manque de partenariat entre les gouvernements
fédéral et provincial. "À Toronto, il y a
eu plus de réactions que de prise de décisions."
La menace des virus inter-espèces atteindra
peut-être bientôt un autre niveau, avec la xénotransplantation,
ou transplantation de cellules, tissus ou organes d'un animal
à l'homme. Pour l'instant, le cadre juridique est très
complexe et présente certains vides, explique l'avocate
Sarah Marquis, du CRDP. Sans compter que les patients en attente
de greffes pourraient voyager pour aller se faire greffer ailleurs,
ce que la jeune chercheuse nomme le "xénotourisme".
À l'ère de la mondialisation, la planète
ne connaît pas de frontière du moins pour les
ressortissants des pays riches! Et la vie citadine augmente la
facilité d'être contaminé. "Nous vivons dans
une maison sans portes ni fenêtres. L'ailleurs n'a jamais
été si près ", sanctionne Christian Saint-Germain.
Les temps modernes nous inscrivent sur le trajet de ce qui circule,
pour le meilleur comme le pire.
Des liens...
Institut national
de santé publique
Centre de recherche
en droit public (CRDP)
Loi
sur la santé publique
Division
de la surveillance des maladies (DGSPSP)
Isabelle Burgun
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