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Kyoto, c'est fini?
(30 novembre 2005) -
Alors que se déroule actuellement la Conférence
internationale de Montréal sur les changements climatiques,
le Protocole de Kyoto ne s'est jamais trouvé en plus mauvaise
posture. Allons-nous donc vers l'abandon de Kyoto ? "C'est clair",
soutient Claude Villeneuve, professeur au Département de
sciences fondamentales de l'Université du Québec
à Chicoutimi et auteur du livre Vivre les changements
climatiques, quoi de neuf ?
Agence Science-Presse (ASP)
: Êtes-vous pessimiste face à l'issue de la conférence
des Nations Unies sur les changements climatiques ?
Claude Villeneuve : Plutôt réaliste.
Dans ce genre de négociations internationales il est rare
de voir de grandes percées. L'objectif est timide car le
Protocole de Kyoto est un ornithorynque, un mammifère avec
un bec, une queue plate, des mamelles mais pas de tétines...
c'est un drôle d'animal qui cherche à satisfaire
tout le monde. C'est une tentative de gouvernance mondiale des
émissions à effet de serre, étroitement liées
au cur de l'économie, à l'énergie et
à la consommation. Chaque gouvernement élu veille
d'abord sur ses préférences territoriales. Et contrairement
aux discours, peu de gens ont réellement pour objectif
le bien de la planète.
ASP : La volonté de faire participer
les États-Unis à la conférence ne mènera-t-elle
pas seulement à des compromis ?
Claude Villeneuve : C'est un jeu de puissance
des États-Unis. Même à l'extérieur
des négociations, ils jouent de leur influence et détournent
l'attention des médias avec un autre traité. Toutefois,
leur participation peut apporter des choses intéressantes
aux discussions.
ASP : Qu'attendez-vous de cette conférence
?
Claude Villeneuve : L'acquiescement et la
poursuite du dialogue. Cela ne se fera pas à l'intérieur
du Protocole de Kyoto car les États-Unis ne mettront jamais
genoux à terre
pas avec ce président. Il est
donc peu probable d'avoir un retour avant 2008, ce qui correspond
à 2-3 ans de négociations après le mandat
de Bush, pour une nouvelle entente.
ASP : Si les États ne parviennent
pas à s'entendre, que peuvent faire les scientifiques,
les gens d'affaire et les citoyens ?
Claude Villeneuve : Les scientifiques font
leur possible mais ne possèdent pas un gros pouvoir politique
contrairement aux gens d'affaire. Des entrepreneurs canadiens
ont adressé dernièrement une lettre au Premier ministre
Paul Martin pour lui demander d'édicter des règles
claires sur les mesures à mettre en place d'ici 2040-2050.
Les investissements ne se décident pas au dernier moment.
Les citoyens doivent changer leurs comportements et leur manière
de consommer en prenant conscience du cycle de vie de leurs achats
: entreprises polluantes, bilan de carbone, prêt à
jeter, etc. C'est un défi majeur. Le premier geste pourrait
être de réduire les tentations et pour cela d'éteindre
la télévision.
Propos recueillis par Isabelle Burgun
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