|
Au creux de nos mains
(2 décembre 2005)
- Après l'ouvrage Mal de Terre (Seuil,
2003), faut-il encore présenter les idées de Hubert
Reeves en matière de changements climatiques ? Il
dresse dans ce livre un bilan des menaces qui pèsent sur
la planète et insiste sur l'urgence d'agir. Notre avenir
est entre nos mains martèle encore aujourd'hui l'astrophysicien.
Agence Science-Presse (ASP) : Êtes-vous
optimiste ou pessimiste quant aux retombées de la Conférence
des Nations Unies ?
M. Reeves : Vous m'offrez une alternative
manichéenne. Quel que soit le résultat de la Conférence
de Montréal, ma position n'est pas d'être optimiste
ou pessimiste. Le Père de l'Europe, Jean Monnet, disait :
" Je ne suis ni optimiste, ni pessimiste, je suis déterminé ".
Et même si les décisions de la Conférence
ne sont pas à la hauteur des circonstances peut-être
le seront-elles ? chacun doit être déterminé
pour que tous ensemble, chacun à sa place, nous fassions
quelque chose pour nous sortir d'un engrenage néfaste.
Il n'est plus temps de s'interroger sur nos états d'âme.
Il est temps d'avoir comme état d'esprit la volonté
d'agir soi-même quoi que fassent les autres.
ASP : Avons-nous les outils scientifiques
pour contrecarrer le réchauffement de la planète ?
M. Reeves : La prédiction par les
scientifiques de lévolution du climat et les causes
dudit réchauffement s'appuie sur l'utilisation de modèles
informatiques. Il y a consensus chez les climatologues pour dire
que l'augmentation des températures va se poursuivre au
cours du siècle qui commence. L'ampleur du réchauffement
attendu est de 1,4 à 5,6 °C. Déjà
les glaces fondent, les glaciers aussi, le niveau de la mer monte...
Jamais depuis 650 000 ans, il n'y a eu autant de
gaz carbonique dans notre atmosphère. Tout est là.
Et c'est l'humanité qui est responsable. C'est avec des
outils scientifiques existants ou à concevoir et surtout
une volonté planétaire que nous pourrons enrayer
le processus enclenché.
Pour enrayer un trop grand réchauffement
de la planète, il faudrait une baguette magique. Chacun
de nous détient une parcelle de cette baguette... Elle
ne sera opérationnelle que si toutes les parcelles sont
assemblées.
ASP : Comprenons-nous suffisamment bien les changements
climatiques et l'urgence de réagir dès maintenant
?
M. Reeves : Les scientifiques du Groupe international
d'experts sur le climat (GIEC) répètent à
longueur de rapports que nous sommes responsables de la situation.
Nul ne peut dire : " Je ne suis pas au courant ".
Mais seuls les pays riches ont les moyens d'agir. Combattre le
réchauffement climatique nécessite de développer
des formes dénergies renouvelables qui nentraînent
pas lémission de gaz à effet de serre. Alors,
les électeurs doivent interpeller les élus, et les
élus faire preuve de pédagogie. " Ne pas
rester passif " : telle doit être la volonté
individuelle et collective.
À lire :
Dialogues du ciel et de la vie, le dernier
ouvrage d'Hubert Reeves, paru en mars 2005, Éditions du
Seuil et France-Culture.
"Aux
armes, citoyens !" sur le site de l'Agence Science-Presse
La page d'Hubert
Reeves
Propos recueillis par Isabelle Burgun
|