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Les délinquants de la lèvre

(10 juillet 2004) - Personne n’a oublié les grosses joues de Louis Armstrong et de Wynton Marsalis à la trompette. Eh bien cette technique est considérée comme incorrecte! Albert Devito, professeur de trombonne à l’Université de Montréal, explique que c’est " généralement peu recommandé, parce que gonfler les joues étire les lèvres en même temps. On risque donc de n’obtenir aucun son dans l’aigu… "

Car la clef derrière les instruments à vent de la famille des cuivres, ce sont les lèvres. Plus précisément, la technique du " buzz " qui permet aux trompettistes, trombonistes et autres de souffler en donnant une certaine résistance avec les lèvres. Ainsi, pour sélectionner une note, le musicien configure son " masque " –ses muscles faciaux, ses dents, sa langue sur l’embouchure– de manière à ce que les lèvres vibrent à la fréquence désirée. " Je peux jouer n’importe quelle toune juste avec mes lèvres ! ", ajoute avec engouement Albert Devito.

En fait, l’instrument n’est là que pour donner une couleur à tout cela. Certains musiciens contemporains ont même composé des passages pour embouchure seule, " afin de donner un certain mystère à l’œuvre ", précise Devito.

Les instruments à embouchure permettent de jouer huit notes par position. Au trombone, une position correspond à la manière dont on place la coulisse, tandis qu’à la trompette, on change de position en enfonçant différents pistons. "Au trombonne, on peut émettre huit harmoniques (des intervalles, à partir de la basse, qui sonnent bien avec celle-ci) sur chaque position. Par exemple, à la première position, on peut jouer SI bémol (la fondamentale), SI bémol à l’octave, FA, SI bémol, RÉ, FA, LA bémol, SI bémol, etc. Plus on monte, plus il faut serrer les muscles autour de l’embouchure. " Un professionnel peut ainsi jouer jusqu’à douze notes par position !

Bref, jouer d’un instrument à embouchure, c’est tout un sport ! Plus le tube de l’instrument est court, plus la résistance à l’intérieur de celui-ci est grande, et plus les fréquences émises sont aiguës. Jouer de la trompette, c’est comme faire du jogging et des redressements assis en même temps. Les abdominaux et tout l’appareil respiratoire sont mis à l’épreuve.

"Ça demande une bonne condition physique. C’est une question d’air, une question d’endurance…. Comme on dit souvent pour rire, les lèvres n’ont pas été faites pour avoir un morceau de métal collé dessus… elles sont faites pour autre chose! ", dit en rigolant Albert Devito.

Une chose est certaine, Louis Armstrong a su s’adapter parfaitement à la pratique de la trompette, aussi peu naturel que cela puisse être. S’il gonflait les joues en jouant, c’était simplement pour donner un son plus brillant à sa musique jazzée. Même si les physiciens ont établi que cette technique était mauvaise, il y aura toujours des délinquants pour dire le contraire et inventer des moyens pour obtenir des sons toujours plus uniques!

 


Marie-Christine Valois