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Quand la science flirte avec le romanesque!

(4 octobre 2004) - Pour Kathy Reichs, il ne fait aucun doute que le roman est une formule efficace lorsqu’il s’agit de combler le fossé entre la science et le public profane. Ses best-sellers Déjà Dead, Death du Jour et Secrets d’outre-tombe, pour ne nommer que ceux-là, en font foi. Préambule avec celle qui, avec rigueur et succès, romance les sciences judiciaires.


Vous êtes anthropologue judiciaire et vous avez écrit plusieurs romans à succès. Vous considérez-vous scientifique ou vulgarisatrice ?

Scientifique, en premier lieu, par mon métier. Et vulgarisatrice, parce qu’en tant qu’auteure, je traduis, pour ceux qui ne s’y connaissent pas, les méthodes et les techniques scientifiques employées dans les sciences judiciaires.

Est-ce difficile de vulgariser votre profession d’anthropologue judiciaire ?

Oui, c’est un exercice difficile. Par exemple, certains aspects de mon travail m’obligent à choisir rigoureusement les détails pour les décrire avec justesse et sans sensationnalisme. Par ailleurs, s’adresser au grand public, ce n’est pas comme s’adresser à ses collègues. Trois points sont essentiels : éviter le jargon scientifique, expliquer avec des mots simples et précis et divertir.

Pensez-vous que les connaissances scientifiques diffusées dans vos romans sont bien comprises du public?

Il y a peut-être, pour quelques personnes, des détails qui restent incompris, mais chose certaine, tous les lecteurs saisissent très bien ce qu’est, en gros, l’anthropologie judiciaire et comprennent le bien-fondé des techniques scientifiques utilisées. Je crois que si les gens aiment tant mes romans, c’est justement parce qu’ils apprennent des choses en les lisant.

Le roman est-il un bon support pour faire passer de l’information scientifique ?

J’en suis bien évidemment convaincue. C’est la raison qui m’a poussée à écrire. On peut insérer des connaissances scientifiques dans un livre de fiction sans pour autant altérer son côté amusant. Cela permet de partager la science avec beaucoup plus de gens et de stimuler leur intérêt pour elle. Divertir et transmettre des connaissances ne sont pas incompatibles.


Votre profession scientifique nourrit votre carrière de romancière. À l’inverse, est-ce que votre carrière d’auteure influence votre travail scientifique ?

Dans un certain sens, oui. Mon travail d’auteure m’amène à porter plus d’attention à certains détails que je ne remarquais pas avant. Des détails qui, dans le contexte du roman, décrivent la réalité dans laquelle baignent les anthropologues judiciaires. Des exemples ? L’odeur de la mort, le son d’une mouche en vol.

La science romancée est-elle une voie d’avenir pour les journalistes scientifiques ?

Tout dépend du genre de connaissances qu’on veut transmettre et du public qu’on souhaite rejoindre, car si la fiction permet de toucher un grand nombre de gens, elle a aussi ses limites. Elle est un excellent moyen pour initier à n’importe quel sujet scientifique, mais ne l’est pas pour rendre compte de résultats précis. Les revues de vulgarisation conviennent mieux dans ce cas. Il n’en demeure pas moins que lorsqu’on veut communiquer de l’information scientifique, la fiction peut s’avérer un moyen très efficace, comme le succès de mes romans le prouve.

Coïncidence, Les os troubles, son 6e roman, sort en librairie cette semaine. Cadavres, intrigues et techniques scientifiques sont au rendez-vous avec en toile de fond, le trafic d’organes d’animaux en voie d’extinction.


Le discours d’ouverture de Kathy Reichs, Comment romancer la science — Un bel avenir pour les journalistes scientifiques, le mardi 5 octobre de 8 h 30 à 9 h 45.

 


Propos recueillis par Anny Guindon