|
Succomber à la séduction
ou servir la vérité?
(4 octobre 2004) -
Journaliste scientifique renommé et actuel animateur de
lémission radio Les Années lumière,
à Radio-Canada, Yanick Villedieu livre ici trucs et réflexions
pour mieux résister aux pressions des pharmaceutiques...
Mot dordre : il critique.
Dun côté, une industrie qui dépense
des milliards par année pour populariser son produit ;
de lautre, un simple journaliste... Comment arriver à
un traitement équilibré de linformation ?
Une bataille perdue d'avance ?
Les pharmaceutiques ne sont pas
différentes dautres
industries qui possèdent des machines tout aussi puissantes,
qui investissent des sommes énormes pour vendre leurs produits.
La différence, théoriquement, cest quelles
sauvent des vies, quelles promettent une " meilleure
vie ". Ce nest pas tout à fait comme vendre
une nouvelle bagnole...
Je ne crois pas que ce soit une bataille perdue
davance. Oui, les moyens déployés sont gros.
Aux États-Unis, les compagnies ont le droit de faire de
la publicité. Ça viendra peut-être ici...
Sauf quune pleine page-annonce ne sera jamais aussi intéressante
pour une compagnie pharmaceutique quun article signé
dans un grand journal. La place du journaliste est importante.
Il peut exercer son métier en demeurant critique.
Justement, les conditions dexercice de la profession lui
permettent-elles toujours dêtre aussi critique quil
le devrait ? Outre le sempiternel problème des " tombées "
il faut aller vite ! , toutes sortes de stratégies
ont été mises en place pour le séduire. Le
lancement de la campagne de Viagra est un bel exemple : on
offrait des témoins aux journalistes...
Cest un des grands trucs dont il faut se méfier !
Les FAMEUX témoins ! " Avant jétais
tout croche, depuis que je prends le médicament, je suis
heureux ! " " Maintenant, je bande ! "
Le témoin, la famille du témoin, la fille de la
mère atteinte dAlzheimer... Les compagnies pharmaceutiques
ont compris que les médias aimaient le cas vécu,
particulièrement la télé.
Une autre pratique courante consiste à envoyer du stockshot
(matériel de tournage préenregistré) en complément
avec le dossier de presse. Ne reste plus quà ajouter
une voix et à assembler les pièces du casse-tête
en montage. Rien de plus facile, rapide et économique !
Encore là, le journaliste doit conserver
une distance. Il faut se rappeler quon " emballe "
la nouvelle, quon nous présente les choses de façon
très séduisante. Voici tel " nouveau "
médicament plus moderne, plus efficace, plus scientifique !
Mais les résultats de recherches sont rarement aussi clairs.
Concrètement, on retourne aux sources primaires ;
on analyse les recherches...
Ce qui est statistiquement significatif peut être
cliniquement insignifiant. Par exemple, une baisse de 50 %
du taux de mortalité, cest tout simplement spectaculaire !
Mais si ce taux a chuté de 2 % à 1 % pour 100 000?
Une question de santé publique se pose : est-ce que
ça vaut vraiment la peine de traiter 1 million de personnes
pour en sauver une et risquer den tuer 25 à cause
des effets secondaires ? Il faut donc être constamment
aux aguets, notamment par rapport à la façon dont
sont présentés les chiffres.
On doit également vérifier auprès
de qui, de quel groupe de la population, a été testé
le médicament. Or, une recherche fiable doit être
effectuée auprès de personnes qui ne prennent pas
de médicaments ! Alors si on a mis une statistique
comme ça en exergue...
Apprenez à déjouer les stratégies de séduction
des entreprises pharmaceutiques en assistant à la conférence
Démasquer les véritables propriétés
des nouveaux médicaments (C8) le mardi 5 octobre de
10 h 15 à 11 h 45 à la salle 103C.
Propos recueillis par Julie Calvé
|