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Les BIG problèmes de la génétique

(6 octobre 2004) - Imaginez. On vous offre, enfin, un poste dans un grand quotidien national, mais vous échouez la dernière étape de sélection : votre ADN révèle une susceptibilité au " burn-out " et une faible résistance au stress. Les miracles de la génétique deviennent des embûches personnelles et professionnelles.

Le séquençage du génome humain a été réalisé à une vitesse extraordinaire, mais ce n’est qu’un début. Il faut assigner une fonction, un rôle à l’ensemble de ces 30 000 gènes. Un moyen privilégié est certainement l’utilisation des banques d’information génétique (BIG) regroupant les données génétiques (fournies par un échantillon de sang), morphométriques (taille, poids, etc.), sociales et familiales d'un grand nombre d'individus. De telles banques permettent déjà de faire des recoupements pour identifier les gènes responsables des fonctions et les caractéristiques exprimées. L’obésité, par exemple, est étudiée par cet intermédiaire.

Johane Patenaude a participé à la rédaction d’un rapport sur le sujet à la Commission d’éthique de la science et de la technologie du gouvernement québécois. " Le public n’est pas assez informé des impacts des BIG sur notre société, dit-elle, mais les gouvernements ne le sont pas plus. " En fait, les avancées techniques en génétique se réalisent tellement vite que le public a du mal à en saisir les tenants et les aboutissants.

Le rapport de la Commission insiste particulièrement sur la discrimination qu’engendrerait ce type de recherche. Employeurs, assureurs, banquiers seraient potentiellement tentés d'utiliser les renseignements génétiques pour exclure des individus. Mais une ségrégation pourrait se faire aussi, dans la société, sur des thèmes plus sensibles comme la maladie mentale. Une région où on note un taux plus élevé de dépression ou de schizophrénie pourrait se voir apposer une étiquette. Les gens de cette région risqueraient, alors, d’être ridiculisés. Et le développement industriel menacé sur la base de ces informations.

Les sociétés occidentales tentent d’encadrer le fonctionnement des BIG, mais ces démarches semblent parfois " futiles " quand on sait, par exemple, qu’au Québec seulement, on ne connaît pas leur nombre exact!

Dans les différents pays concernés, une des premières règles instaurées est un " consentement libre et éclairé " des individus participant aux BIG. Ce consentement consiste, au Québec, en un formulaire signé permettant l’utilisation de ces données confidentielles. Toutefois, un choix éclairé nécessite une information accessible et la capacité de prévoir les conséquences de son geste. Il est difficile d'instaurer un tel contexte de réflexion dans un monde où les choses se réalisent à la vitesse supersonique. Johane Patenaude ajoute que les normes actuelles ne tiennent pas compte des implications sociales. En effet, un individu bien informé, mais désirant participer à une BIG, engage implicitement l’ensemble des personnes ayant le même patrimoine génétique que lui. Un consentement individuel implique alors indubitablement la collectivité.

Les individus, les gouvernements, les chercheurs même, sont-ils réellement informés des enjeux sociaux inhérents aux BIG? Voilà un exemple du néant existant entre les scientifiques et la population.


Des solutions seront proposées aux journalistes pour les aider à mieux faire comprendre au public les enjeux posés par la science lors de la plénière Les sociétés face à la science émergente, présentée aujourd’hui de 8 h 30 à 9 h 45 dans la salle de bal.

 


François D'Allaire