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Désinformation massive (les armes de)

(7 octobre 2004) - La 4e Conférence mondiale des journalistes scientifiques est une nouvelle occasion pour Kevin Knobloch, directeur de l’Union of Concerned Scientists (UCS), de dénoncer les pratiques douteuses de l’administration Bush quant à l’utilisation et à l’interprétation qu’elle fait des données scientifiques mises à sa disposition pour établir les politiques publiques.

Les reproches qu’adresse cet organisme américain sans but lucratif, à la Maison Blanche, sont loin d’être anodins. On parle, en effet, de manipulations de résultats, de censure de recherches scientifiques voire même de nominations partisanes aux commissions consultatives chargées de conseiller le gouvernement dans ses décisions.

Au total, une trentaine de cas d’abus ont été recensés dans les deux rapports que l’UCS a successivement produits en mars et juillet 2004. Parallèlement, le manifeste Restoring Scientific Integrity in Policymaking publié sur son site web, recevait l’appui de 4 000 signataires dont celui de 48 Prix Nobel et de 135 membres de l’Académie nationale des Sciences.

La pollution de l’air, le réchauffement climatique, la santé, la sexualité ou encore les émissions toxiques de métaux lourds sont autant de problématiques n’ayant pas fait l’objet d’une évaluation impartiale, estime M. Knobloch. " Si les gouvernements précédents ont pu ignorer certains conseils d’experts scientifiques dans leur prise de décision ", poursuit-il, l’administration Bush adopte une attitude tout à fait inédite en empêchant les décideurs de produire lois et règlements à la lumière d’informations scientifiques complètes, dès que celles-ci vont à l’encontre de ses intérêts politiques. 

Il cite, en exemple, une recherche fournie par l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) indiquant que 8 % des femmes américaines en âge de procréer ont des taux de mercure dans le sang suffisamment élevés pour engendrer une descendance souffrant de troubles neurologiques et moteurs. Que fait l’administration Bush de cette étude ? Elle se la garde sous le manteau et propose au Congrès une diminution des exigences quant aux émissions de mercure par les centrales thermiques au charbon...

Ce n’est que lorsqu’un employé de l’EPA, frustré que l’étude ait été censurée, a fait parvenir les résultats de cette recherche au Wall Street Journal, que la Maison Blanche a rendu l’information publique ", enrage M. Knobloch.

D’après lui, il ne fait aucun doute que les différents exemples colligés par l’UCS sont révélateurs de l’attention toute particulière que le gouvernement Bush accorde aux industriels peu scrupuleux des conséquences environnementales de leurs activités, notamment dans le secteur de l’énergie, ainsi qu’aux tenants du conservatisme social et moral.

Ces accusations, largement reprises dans la presse générale et scientifique, n’ont pourtant pas l’air de provoquer beaucoup d’émois chez les intéressés qui se contentent de les nier. Pour Robert Hopkins, porte parole de l’Office of Science and Technology Policy, une structure relevant de la Maison Blanche et chargée d’informer le gouvernement fédéral sur les dossiers à caractère scientifique, l’UCS est un organisme " partisan " et les informations contenues dans ses deux rapports, " incomplètes ", ne sont pas dignes de confiance.

À l’écouter, on en viendrait même à se demander pourquoi tant d’agitation, puisqu’en fait, M. Hopkins assure que " l’administration en place a toujours eu le souci de maintenir un très haut niveau d’intégrité dans le processus par lequel les informations scientifiques parviennent aux décideurs ".

Les gens sont tellement médisants...

 


Erwan Le Fur