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Ecrire à contre-courant -
Des contextes variés pour les journalistes
(7 octobre 2004) -
Parler de sida en Afrique du Sud, diriger un magazine de vulgarisation
scientifique pour un public anti-OGM et pro-médecines douces
ou écrire sur la crise du buf en Alberta, voilà
la tâche quont dû affronter les trois panélistes
de latelier Écrire à contre-courant,
présenté hier en matinée.
" Le contexte sud-africain est difficile
pour les journalistes ", a dabord expliqué
Tamar Khan, du quotidien daffaires Business Day,
en Afrique du Sud. Journaliste spécialisée en santé,
elle a beaucoup écrit sur lépidémie
de SIDA. Elle ne compte plus le nombre darticles qui traitaient
des déclarations controversées de politiciens qui
remettaient en cause lampleur de lépidémie,
les causes réelles de la maladie ou les façons de
la soigner : " Chez moi, on accorde plus dattention
aux déclarations des ministres quaux vrais événements ",
précise-t-elle.
Difficile aussi de trouver des experts à
interroger : " Les professeurs duniversité
et les fonctionnaires ont peur de nous parler. Les seules personnes
qui acceptent de donner leurs commentaires sont les porte-parole
de groupes dintérêt ou des partis dopposition.
Il est donc difficile décrire un article équilibré. "
Elle prône un plus grand dialogue entre journalistes scientifiques
des pays en développement pour trouver des moyens
daller à contre-courant : " Nous sommes
trop souvent isolés. "
Pour Mathieu Villiers, rédacteur en chef
de la revue de vulgarisation Science & Vie, " il
ny a pas de doute, il faut aller à contre-courant,
même si cela veut dire quon se fait des ennemis.
Présentement, en France, beaucoup de gens sympathisent
avec ceux qui détruisent les champs expérimentaux
dorganismes génétiquement modifiés,
les médecines douces sont en croissance, les chercheurs
ont de la difficulté à obtenir les autorisations
pour faire de la recherche sur les cellules-souches. Le
courant dominant nest donc pas celui que défend Science
& Vie depuis sa fondation en 1913. "
Le magazine utilise souvent lhumour pour passer
son message. " Nous avons commandé le profil
astrologique de meurtriers célèbres. Tous les astrologues
prédisaient que ces gens étaient très sensibles
et auraient des vies fantastiques ! " Le magazine
a aussi publié la photo dun de ses journalistes attablé
devant trois kilos de granules homéopathiques. Le bas de
vignette portait le message : " Arrête,
Pierre, tu manges trop de sucre ! "
Si Science & Vie " ne tranche pas
les débats éthiques ", son rédacteur
en chef a par contre créé une nouvelle rubrique
traitant des débats entre chercheurs. " Avant
de devenir un débat social, rappelle M. Villiers, une
question a souvent déjà été débattue
à lintérieur même de la communauté
scientifique. Lhistoire des sciences, cest lhistoire
des débats. "
De son côté, Barbara Duckworth, journaliste
au Western Producer, un hebdomadaire agricole de lOuest
canadien, a fait ressortir à quel point les journalistes
ignorent tout des pratiques agricoles et du fonctionnement de
lindustrie alimentaire. " Les grands médias
ont maintenant des journalistes spécialisés dans
lalimentation, mais pas dans lagriculture. La crise
de lencéphalopathie spongiforme bovine en Alberta
est présentée comme un enjeu de sécurité
alimentaire alors quà mon sens, cest plutôt
une grave crise économique. "
Raphaëlle Derome
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