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Formation controversée

(8 octobre 2004) - Si le journaliste politiques va au-delà des propos des ministres à la langue de bois, le journaliste scientifique traduit avec ardeur le verbiage technique des rats de laboratoires. Où dénicher cet oiseau rare, à la fois curieux et rigoureux? Quelques-uns jetteront un coup d’œil du côté des facultés de science. D’autres croient fermement l’apercevoir dans les écoles de journalisme.

Dans les faits, la moitié des membres de l’Association canadienne des rédacteurs scientifiques (ACRS) détiennent une formation en science, estime l’administrateur sortant de l’ACRS, Andy Vasser. Il remarque que la plupart des adhérents qui ont un diplôme dans les deux domaines sont assez jeunes. Généralement, les plus âgés n’ont pas suivi de formation scientifique. Les journalistes scientifiques doivent-ils être spécialisés en science pour bien faire leur boulot? " Apprendre à écrire est très difficile, croit Sharon Dunwoody, de l’Université du Wisconsin. Souvent, l’employeur fait face à deux options. Il peut choisir d’engager un physicien, par exemple, et de lui apprendre à écrire, ou d’apprendre la physique à un journaliste. Généralement, l’employeur choisira le journaliste. "

Spécialistes… en journalisme

Le mot " science " réfère à bien des champs d’expertise. " Comment un reporter peut-il se prétendre bien informé de tous les différents types de science qui existe ? ", se questionne le journaliste scientifique du Toronto Star, Peter Calamai. Selon lui, apprendre le vocabulaire commun à tous les domaines scientifiques, comme le tableau périodique, est important. Il faut aussi être capable d’analyser les statistiques d’un rapport de recherche, afin d’en évaluer la pertinence. Aussi, Peter Calamai croit que la formation générale du reporter peut s’effectuer dans tous les types de facultés, de l’histoire à la philosophie.

" Avant tout, les journalistes doivent être expert en journalisme ", croit le journaliste et professeur au Centre d’étude en communication publique à Lyon, Bertrand Labasse. " Il n’existe pas un petit compartiment de l’activité des hommes qui s’appelle " la science " et de l’autre côté, le reste. " Pour lui, la particularité du rédacteur scientifique se situe au niveau de la complexité. Ces reporters, forcés d’intéresser le public, poussent à la limite les piliers de l’expertise journalistique. " Tous les journalistes devraient avoir le savoir-faire des journalistes scientifiques ", pense Bertrand Labasse.

Où se cache la rigueur ?

Les spécialistes interrogés s’accordent tous sur l’importance de la rigueur journalistique. Pour le professeur de l'UQAM et communicateur scientifique Bernard Shiele, une formation en science est nécessaire, sans être suffisante. "On apprend par la réorganisation des connaissances préalables ", affime le communicateur. Comme notre monde est imprégné de science et que la complexité des connaissances va en augmentant, cette formation est hautement recommandée, croit-il. De plus, le journaliste doit comprendre l'histoire et la sociologie des sciences, ainsi que celle de la formation des idées. Selon lui, ces notions sont essentielles.

Pour la rédactrice en chef de la revue Découvrir, Danielle Ouellet, cette rigueur s’acquiert plus facilement au sein d’une faculté de science. Une bonne structure de pensée, une passion pour les sciences, une facilité pour la vulgarisation scientifique : toutes ses qualités sont souvent présentes chez les diplômés en science. Aussi, si la rédactrice juge que cette formation n’est pas nécessaire, elle est souhaitable.

Peter Calamai, qui est également diplômé en physique, n’est pas du même avis. Selon lui, sa formation nuit souvent à la vulgarisation. Les physiciens choisiront leurs mots en fonction du degré de compréhension de l’interlocuteur. " Je veux qu’ils expliquent leur recherche aux lecteurs qui n’ont pas de qualification en science ", affirme le journaliste. " Il doit traduire ce langage professionnel pour le public. "

Pour Sharon Dunwoody, si un diplôme en science peut aider un reporter, il n’est pas garant d’un bon journalisme scientifique. " L’expérience est la chose la plus importante ", croit-elle.


Marie-Hélène Verville