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Quand la religion se mêle de
science...
(8 octobre 2004) -
Religion et science sont-elles incompatibles? Dans le travail
quotidien du journaliste, pas du tout. Mais gare aux questions
sensibles : sitôt qu'elles surgissent, elles traînent
dans leur sillage des lecteurs mécontents, des éditeurs
frileux, et des journalistes qui s'auto-censurent.
Questions sensibles? Elles peuvent être étonnamment
nombreuses. Déjà, tout ce qui touche aux sciences
de la vie peut être qualifié de "sensible", a résumé
hier après-midi Denis Sergent, journaliste scientifique
au quotidien français La Croix. La Croix est un
"journal d'obédience religieuse", en clair, catholique.
Ses journalistes jouissent d'une liberté éditoriale;
jamais quiconque n'a interrogé Denis Sergent sur ses croyances
religieuses. Mais la charte de ce journal stipule une "fidélité
doctrinale", quoi que cela puisse vouloir dire. Qui plus est,
son lectorat (100 000 lecteurs payants) penche davantage à
droite qu'à gauche, est majoritairement masculin, et majoritairement
(54%) âgé de plus de 65 ans. Résultat: le
traitement de l'embryologie, des cellules-souches, de l'euthanasie,
la question de savoir où commence et où finit la
vie, tout cela prend inévitablement une coloration particulière.
Encore que tout le monde ne voit pas ce "problème"
comme un réel problème. Denis Sergent était
l'un des trois intervenants à l'atelier Science et religion:
les deux autres ont, chacun à leur façon, souligné
combien la question de départ qui leur était posée
-religion et science sont-elles compatibles? - était, à
leurs yeux, secondaire. "C'est très Occidental
de se poser ce genre de question ", déclare la
journaliste égyptienne Nadia El-Awady, rédactrice
des pages Science et santé du cyber-média IslamOnline,
en opération depuis 1999. Ce n'est même pas proprement
Occidental, renchérit l'Américaine d'origine australienne
Margaret Wertheim. En Grande-Bretagne et en Australie, on ne se
pose pas ce genre de question. C'est aux États-Unis que
la question religieuse pollue autant les débats scientifiques
(et par extension, politiques). " Et ça empire.
"
" La religion, résume cette rédactrice
scientifique et auteure, ne représente pourtant pas un
problème pour la science. C'est une forme particulière
de religion, nourrie par l'ignorance, qui en est un. "
D'où l'importance du rôle d'un journaliste
scientifique, souligne Nadia El-Awady: accroître le savoir,
lutter contre l'ignorance. À ce sujet justement, quels
sont les vrais problèmes auxquels font face les journalistes
scientifiques dans le monde arabe? Eh bien, la science y est reléguée
loin dans les pages intérieures, c'est surtout du matériel
traduit des agences de presse, et les journalistes ont peu de
formation. Ça vous rappelle quelque chose?
Pascal Lapointe
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