Jacques-Yves Cousteau
1910-1997


par Martin Desruisseaux

"Le commandant Jacques-Yves Cousteau nous a quittés le 25 juin 1997 pour rejoindre le monde du silence..."
- L'équipe Cousteau



Marin, explorateur, cinéaste et surtout environnementaliste longtemps avant que ce terme ne soit devenu honorable: il s'est éteint en pleine semaine du Sommet de la Terre, une semaine de bilan où l'on se désolait d'avoir vu si peu de promesses se concrétiser depuis le Sommet de Rio de Janeiro. La qualité du monde de demain se joue aujourd'hui encore plus qu'hier; plus que jamais, ce monde a besoin d'éducateurs tel que Cousteau.



La naissance d'une vocation

Cousteau naquit en 1910 près de Bordeaux en France. Il entra à l'Ecole navale à l'âge de 20 ans. Promu officier canonnier, il fut affecté en Extrême Orient. De son passage dans la marine nationale française, il développa l'idée et le désir d'explorer la mer dans sa globalité.

Cousteau voulait devenir pilote, mais un grave accident de voiture à 25 ans mit fin à cette ambition. Pour favoriser le rétablissement de son bras blessé, il suivit un programme de natation dans la Méditerranée. C'est là qu'il essaya pour la première fois des lunettes sous-marines. Sous un mètre d'eau, le ballet joué par un groupe de poissons se dirigeant tous ensemble vers un rocher couvert d'algues l'enchanta. Il écrira plus tard "m'éloignant du rivage, je me suis mêlé aux vagues et je me suis probablement perdu".


L'invention du scaphandre autonome

Avec Frédéric Dumas et Philippe Tailliez, l'officier qui lui a fait découvrir la plongée, Cousteau travailla sur des prototypes d'appareils respiratoires. On surnomma les Mousquemers ces trois passionnés de la plongée. A cette époque, les appareils respiratoires évacuaient l'air vicié du plongeur à un rythme continu plutôt qu'à chaque respiration. Pour les améliorer, les Mousquemers recevaient l'aide de deux ingénieurs.

Cousteau avait 27 ans lorsqu'il épousa Simone Melchior, une jeune fille de 18 ans qui allait exercer une grande influence sur lui. Pendant la guerre, le père de Simone lui présenta un ingénieur, Emile Gagnan. A cette époque où l'essence se faisait rare, celui-ci avait perfectionné un système de valve avec détendeur pour les moteurs à gazogène. Pour Cousteau, c'était la solution qu'il cherchait. Le détendeur permettrait de fournir de l'oxygène "sur demande", à une pression toujours égale à celle du milieu ambiant. L'Aqualung, comme l'appelleraient Cousteau et Gagnan, serait mis au point en 1943. A partir du dépôt du brevet jusqu'à sa mort, la société Aqualung verserait 5% de son chiffre d'affaires à Cousteau. La voie, cette fois, était toute tracée, et elle menait en droite ligne vers les profondeurs.


Les premières expéditions de la Calypso

En 1950, Cousteau fit l'acquisition d'un dragueur de mines vieux de huit ans, la Calypso, dont il fit, après de nombreuses modifications, un navire de recherche océanographique bien équipé. La Calypso appareilla en novembre 1951 en direction de la mer Rouge. Des volontaires composaient l'équipage. Parmi eux, des scientifiques qui avaient tout de suite compris l'opportunité en or que ce navire leur offrait. Il y avait des spécialistes en biologie marine, en chimie, en géologie et en vulcanologie. Mais pour Cousteau, l'objectif crucial de cette mission était ailleurs: prouver l'efficacité des techniques de plongées.

Pour atteindre des profondeurs plus reculées, Cousteau construisit avec l'ingénieur Jean Mollard une première soucoupe plongeante en 1959. Cette soucoupe allait contribuer à la découverte de formes de vies dont nous ne soupçonnions même pas l'existence.

La Calypso fut en fait parmi les premiers navires à faire de la science avec des petits moyens. Et encore, pas à la satisfaction de tous: au début, Cousteau embarquait plusieurs scientifiques à bord, mais peu à peu il apprit à monter ses propres missions à sa propre façon. Un vulcanologue expliqua plus tard que les missions à bord de la Calypso avaient été pour lui une déception professionnelle, Cousteau n'hésitant pas à accumuler des retards pour les besoins de la production cinématographique.


L'éveil d'une conscience environnementale

Les "babyboomers" se souviendront avant tout de Cousteau pour ses séries télévisées. En 1954, la Calypso comptait à son bord un jeune homme de 23 ans qui avait pour tâche d'enseigner aux plongeurs le maniement de la caméra. Il s'appelait Louis Malle.

Le futur cinéaste de renommée internationale contribua à la réalisation d'un des films les plus connus de Cousteau, "Le monde du silence", qui remporta en 1956 la palme d'or au Festival de Cannes. Assez vite, la part cinématographique représenta jusqu'à 70% du travail à bord de la Calypso. Par les images et les sons, il faisait découvrir les beautés naturelles ainsi que, inévitablement, les erreurs humaines.

A l'heure qu'il est l'équipe Cousteau oeuvre toujours. Elle tourne actuellement en Chine et met les bouchées doubles pour construire la Calypso II.

Une quarantaine d'années après sa première plongée, Cousteau était retourné dans la Méditerranée. Les splendeurs qu'il s'était promis de partager avec tous avaient disparues. Lors de cette mission, "redécouverte du monde", en 1985, il put constater à quel point cette dégradation se généralisait à l'ensemble de la planète. Surpêche, déversements de déchets, destructions des récifs coralliens, marées noires... Des erreurs grossières sont aujourd'hui encore commises par des gens qui ne se renseignent pas. Il reste toujours des particuliers qui construisent une jetée pour "retenir" le sable de leur plage, sans réaliser qu'ils décuplent ainsi l'érosion de la plage de leur voisin. Les gens qui prétendent que leurs déchets vont se déposer tranquillement sur le fond marin oublient généralement de s'informer des importants processus de remontées d'eaux froides. Même la dernière terre vierge de la planète, le continent Antarctique, fut la cible de compagnies d'exploitation minière. Avec l'aide d'associations internationales de protection de l'environnement, l'équipe Cousteau réussit à faire décréter en 1990 un moratoire de 50 ans qui préservera, espère-t-on, le continent blanc jusqu'à la prochaine génération.


Le monde de demain

Cousteau se préoccupait autant de la vie terrestre que marine. Il s'est inquiété ouvertement du sort de l'Amazonie, il est intervenu sur la déforestation, et les problèmes de drogues. Sa vision de l'évolution englobait à la fois la nature et l'homme, ce qu'on pourrait appeler "l'écologie de l'homme". En collaboration avec l'UNESCO, son équipe mit sur pied un programme de doctorat en écotechnie réunissant des gens de toutes disciplines. En 1991, l'équipe Cousteau proposa une charte des droits des générations futures. Le texte, approuvé par l'UNESCO, sera soumis à une prochaine assemblée générale de l'ONU.

La surpopulation de notre planète resta sa plus grande préoccupation: nous dépasserons presque certainement les dix milliards d'individus d'ici quelques décennies. Les pressions de l'opinion publique sont nécessaires plus que jamais, mais Cousteau tenait à souligner l'importance de séparer la conscience écologique du pur sentimentalisme.


Cousteau, l'homme et son oeuvre

On décrivait Cousteau comme un brillant homme d'affaire. Il est vrai qu'il ne manqua jamais de promoteurs pour financer ses projets. D'après son équipage, il faisait aussi un bon patron: courtois, plein d'humour et inquiet des dangers. Pour certains, le génie de Cousteau résidait dans cette intuition qui lui permis de s'entourer de personnes sur qui il pouvait compter.

Il ne manqua pas de se servir de sa célébrité. Il fit un magnifique pied-de-nez à l'administration Reagan en obtenant de Fidel Castro la libération de 27 prisonniers politiques cubains. Il fut également de ceux qui surent influencer certaines décisions politiques. Son opposition aux projets d'enfouissement des déchets nucléaires dans la Méditerranée en 1960 et d'exploitation minière de l'Antarctique en 1990 en sont des exemples.

Mais Cousteau demeura surtout le grand responsable de l'émerveillement face au monde sous-marin. Des décennies avant Greenpeace et autres mouvements écologiques populaires, il parla de protection de l'environnement pour les générations futures. Sa contribution à l'éveil d'une conscience environnementale planétaire restera sans doutes sa plus grande oeuvre.

 




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Un texte de Martin Desruisseaux

Ont également contribué à cet article: Armelle Ginet (Rimouski), Josée Robichaud (Québec), Michel Lecacheur (France), Edmond et Michèle Ginet (France).

 



Cette page a été créée le 26 juillet 1997 par l'Agence Science-Presse. Reproduction encouragée, sous réserve d'entente avec l'auteur.

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