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Lectures
Histoires d'eau
Marq de Villiers, L'Eau, Leméac,
381 p.
Jean Matricon, Vive l'eau, Découvertes Gallimard,
143 p.
La tragédie de la petite ville ontarienne de Walkerton,
ce printemps, a rappelé combien l'être humain est
fragile, dès qu'il s'agit de l'eau. L'eau est partout,
et pourtant, plus précieuse que l'or ou les diamants.
C'est la seule et unique ressource dont nous soyons totalement
dépendants. Sans eau, nous sommes morts.
Inépuisable, l'eau ? Pas si évident. La quasi-totalité
de l'eau que contient notre planète, soit 98%, est impropre
à la consommation, parce que salée. Ne reste donc,
pour faire vivre six milliards d'êtres humains, leurs récoltes
et leurs animaux, que l'eau douce, celle des lacs, des rivières,
des glaciers, et l'eau souterraine. Or, aux quatre coins du monde,
cette eau douce est en danger.
A cause de la pollution, d'abord. En Chine, sur les 50 000
kilomètres des principaux fleuves, on estime que 80% sont
tellement pollués qu'ils ne contiennent plus aucun poisson.
Aux Etats-Unis, 50 à 100 millions de tonnes de déchets
dangereux sont déversés chaque année dans
les Grands Lacs.
Mais l'eau douce est aussi en danger à cause d'une consommation
débridée. On ne compte plus les endroits où
les agriculteurs doivent construire des puits de plus en plus
profonds, parce que le " lac " qui se trouve sous leurs
pieds la nappe phréatique, en langage savant- est
en train de s'épuiser. Dans l'Ouest américain,
des terres de deuxième ordre Oklahoma, Kansas, une
partie du Colorado, etc.- ont été transformées
en grenier à blé à la fin du XIXe siècle,
grâce à la nappe phréatique d'Ogallala. Aujourd'hui,
on estime inévitable l'épuisement de cette nappe
dans les 20 ou 30 prochaines années, à moins que
les gouvernements ne prennent la difficile décision de
mettre fin à l'agriculture dans six Etats de l'Ouest.
Et ce ne sont pas que les vilains gouvernements qui sont coupables:
" ce qui met l'eau en péril, (ce ne sont pas des)
prédateurs organisés, sortis en droite ligne des
fantasmes écologiques, mais tout simplement les petits
actes de gens ordinaires, nombreux, qui agissent comme ils l'ont
toujours fait ", écrit Marq de Villiers, dont l'ouvrage,
L'Eau, contient de nombreux autres exemples dramatiques.
Comme celui-ci : alors qu'il vivait à Toronto, sa maison,
avait-il découvert, était envahie par les termites.
L'espèce locale étant plus difficile à éradiquer
que celle qu'il avait connue dans son pays natal, l'Afrique du
Sud, il s'était résolu à employer le chlordane,
un des plus puissants pesticides. Le procédé consiste
à creuser des trous tout autour de la maison et à
déverser plusieurs litres du produit, de façon
à former un écran. Résultat : les termites
meurent et la maison est sauvée. Mais le chlordane, lui,
reste : il migre vers les profondeurs, jusqu'à ce qu'il
atteigne la nappe phréatique. Au fil des âges, il
finit par se frayer un chemin jusqu'au lac Ontario... duquel
Toronto tire son eau potable. Multipliez cela par les actions
individuelles de six milliards de personnes, et vous avez une
meilleure idée du portrait.
Ce n'est pourtant pas que la situation soit désespérée,
comme le laissent supposer les 330 premières pages du
livre. Il y a des solutions, que l'auteur n'aborde que trop brièvement,
à la toute fin d'un ouvrage qui résulte en bonne
partie de ses voyages à travers le monde. Une réduction
de la consommation (politiques d'arrosage, gestion plus rigoureuse,
taxation, etc.) serait déjà un grand pas en avant.
Mais aussi, le développement de méthodes de dessalement
: autrement dit, transformer l'eau de mer (salée) en eau
douce (donc, buvable). La technologie existe, et elle est déjà
employée. Elle est juste, pour l'instant, trop coûteuse
pour être jugée rentable.
Il y a intérêt à la rendre rentable. Parce
que l'eau, aussi banale qu'elle semble, est "un liquide
d'exception", pour reprendre l'expression du Français
Jean Matricon, qui lui consacre un petit bijou de vulgarisation,
Vive l'eau. C'est grâce à elle qu'est apparue
la vie, il y a quatre milliards d'années; les deux tiers
de notre corps sont formés d'eau; et surtout, ce sont
les mêmes molécules d'eau qui, de siècle
en siècle, suivent perpétuellement le même
parcours, des océans vers les nuages, d'où elles
retombent sur le sol, se jettent dans les rivières et
à nouveau dans les océans.
Bref, avec chaque siècle qui passe, il ne se crée
pas davantage d'eau. Les molécules d'eau que nous polluons
aujourd'hui seront encore là dans un milliard d'années.
De quoi lui témoigner un peu plus de respect...
Pascal Lapointe
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