

L'escouade
psychique du FBI
Par Claude Marcil
Vers la fin de 1979, à New York, on trouva le corps nu et mutilé
d'une jeune enseignante de 26 ans sur le toit du HLM qu'elle
habitait. Elle avait été brutalement battue
au visage et étranglée avec la bandoulière
de son sac à main. Ses mamelons avaient été
coupées et l'assassin avait écrit à l'encre
sur sa cuisse :"Fuck You. You can't stop me. Il n'y avait
aucun autre indice; du moins pour les enquêteurs "ordinaires".
Puis, quelqu'un a eu l'idée de contacter
l'escouade psychique du FBI. La police leur envoya les rapports,
les photographies des lieux du crime de même que le
resultat de l'autopsie. Quelque temps après, l'escouade
leur suggera de rechercher un homme de race blanche, age de
25 à 35 ans, qui connaissait la victime et vivait ou
travaillait tout près, probablement dans le même
immeuble. Il n'avait pas terminé ses études
secondaires, vivait seul ou dans un foyer monoparental et
possédait une vaste collection de matériel pornographique.
L'escouade precisa que la police l'avait probablement déjà
interrogé.
Apres une enquête qui demanda dix
mois d'efforts supplementaires, la police pu mettre en accusation
un individu de 32 ans, interrogé auparavant, qui connaissait
la victime et vivait au 4ième étage du HLM.
Reconnu coupable il fut condamné à une lourde
peine. Une autre victime du "profil criminel" la
dernière arme, incisive, de l'escouade psychologique
du FBI.
Dans "Le silence des agneaux",
Jodie Foster, jeune recrue du FBI, interroge un psychopathe
dangereux afin d'obtenir des indices qui permettraient de
démasquer un meurtrier. Ça c'est du cinéma.
Mais pour l"Investigative Unit Support", aussi connue
sous le nom de l'escouade psychologique du FBI, ce genre d'expérience
fait partie de la vraie vie.
Qui
ferait quelque chose comme cela?
C'est au milieu des années
70 que la police américaine a réalisé,
avec horreur, qu'une nouvelle sorte de criminel lui faisait
face; le prédateur qui tue, au hasard, sans motifs
apparents, de purs étrangers: le type de tueur, le
plus difficile à arrêter depuis que le crime
existe.
Ils chevauchent la vague de violence qui
deferle sur l'Amerique depuis 1963. Un des indices les plus
fiables, le taux d'homicide, a doublé depuis 1962.
20,000 personnes sont assassinés chaque année.
Les autres crimes violents suivent la même tendance.
Tous ces crimes restent souvent impunis. 10% d'homicides insolubles
après la seconde guerre mondiale, 24% en 1983 soit
quelque 5,000 homicides sans solutions; les deux tiers ont
peut-être été commis par ces fous du crime
qui tuent sans motifs. Non seulement on ne sait pas qui tue,
on sait de moins en moins pourquoi.
Il y a toujours eu de tels prédateurs;
Gilles de Rais et Elisabeth Bathory au moyen âge, Jack
L'Eventreur et le Dr Thomas Cream - un ancien de McGill- il
y a un siècle, le boucher de Hanovre, le nécrophile
de Winnipeg au cours des années 20 etc. Une fois par
dix ans, par vingt ans, un homme se mettait à tuer
des étrangers, sauvagement, jusqu'a ce qu'on l'arrête,
la plupart du temps par pur hasard. Ces anomalies monstrueuses
augmentent à chaque decade. On en compta 6 durant les
années 60, 17 dans les années 70 etc.
Dans cette comptabilité sanglante,
Jack L'Eventreur serait aujourd'hui detrôné malgré
ses six meurtres. Wayne Gacy a tué 33 jeunes, Elmer
Henley a violé, torturé et tué 27 adolescents,
Dean Coll, l'homme aux bonbons en a tué 30. Sans compter
Son of Sam, l'etrangleur de Boston, celui du Hillside, le
tueur d'enfants d'Atlanta et tous ceux qui comme le Green
River killer de Seattle ou le tueur du zodiaque à San
Francisco n'ont pas encore été arrêtés.
Le directeur du FBI William Webster estimait il y a quelques
années qu'au moins 30 meurtriers en série se
promenaient en liberté aux Etats-Unis. Chiffres nettement
conservateurs estiment plusieurs polices locales. Selon Elliot
Leyton auteur de "Hunting Humans", qui cite des
chiffres plus recents du Département de la Justice,
ils seraient une centaine.
Ils commettent le genre de crime bizarre,
brutal et aberrant qui pétrifie une population: mutilations
d'enfants, dépecage de cadavres, nécrophilie
etc. Si encore ces tueurs se distinguaient dans une foule
comme les monstres qu'ils sont!
Ce n'est jamais le cas. Ann Rule, pourtant
une spécialiste des meurtriers en série, a travaillé
deux années avec Theodore Bundy, avant qu'il lui vienne
à l'esprit qu'il puisse être le tueur qui a assassiné
34 femmes. C'est justement cette normalite mortelle qui dérange
les spécialistes des homicides. Pourquoi Dennis Nilsen
attachait-il le corps de sa dernière victime sur une
chaise lorsqu'il partait travailler? "Because it was
nice to have someone to come home to." Ce type de tueurs
peut retourner tranquillement chez lui après avoir
tué sans soulever le moindre soupçon parmi sa
famille ou ses proches. Il n'a aucune difficulté à
passer une bonne nuit de sommeil. Ils ne connaissent absolument
pas le remords. "Quand c'était fait, j'oubliais
tout simplement " expliquait un tueur."
Ce tueur empoisonne et hante les policiers
de tous les pays. L'idée même qu'un individu
soit tordu au point que sa façon de passer le temps
soit de tuer sans arrêt et sans raisons, deprime même
le plus endurci des enquêteurs. Ceux-ci, sous la pression
qu'on imagine, sont démunis face à de tels meurtriers.
La technique de l'enquête classique
est bien rodée. La police se rend sur les lieux du
crime, les ratisse, essaie de reconstituer ce qui a pu arriver
et lance une enquête méthodique et logique pour
déterminer l'identité du criminel. Pendant l'enquête
on recueille avec soin des preuves qu'on identifie, consigne
et emballe pour examen ultérieur, bien souvent en laboratoire.
Dans la plupart des meurtres, 80% selon
le FBI, le tueur a un lien avec la victime. C'est une "affaire
de famille." Aussi, la police passe au crible la famille,
les amis, les connaissances, des noms reviennent, elle fait
enquête etc. On reconstitue le meurtre, ce qui l'a précédé.
Rien de tout cela n'est utile dans le cas de ces tueurs en
série. Ils ne connaissent pas leurs victimes, ou plutôt,
ils n'ont fait leur connaissance que pour les tuer. De plus,
jamais de témoins, rarement de survivants. Ceux-ci
ne peuvent faire qu'une description sommaire de l'agresseur
car le choc, la brutalité de l'attaque sont inouis.
De nuit, Theodore Bundy s'est introduit dans un pensionnat
qu'il ne connaissait pas; silencieusement, deux heures durant,
il a fait le tour des chambres. Une après l'autre,
il a attaqué violemment cinq jeunes filles et les a
battues. Deux sont mortes.
Et
la plupart paraissent tout à fait normaux
Théodore Bundy reconnu
coupable de l'assassinat de 32 femmes retournait tranquillement
chez lui après ses meurtres sans soulever le moindre
soupçon parmi sa famille ou ses proches. Ann Rule,
une psychiatre américaine, spécialisée
dans les meurtres en série, a travaillé deux
ans dans le même bureau que Théodore Bundy sans
se douter de rien!
De plus, le tueur peut être à l'autre bout du pays
en quelques heures et recommencer. Seule la chance peut relier
ses meurtres entre eux.
Utiliser la psychologie pour attraper un
criminel n'est rien de neuf. Son origine littéraire
remonte à Edgar Allan Poe, le premier auteur de romans
policiers, et son origine réelle, l'idée de
tracer un portrait psychologique date de 1932. Vers la fin
de cette année, au moment où les autorites s'evertuaient
à identifier qui avait kidnappé et tué
le bébé de l'aviateur Lindbergh, un psychiatre
de New York, le Dr Shoenfield, produisit un profil du criminel
à partir de l'examen de la scène du crime et
des demandes de rançon. Le psychiatre conclut que le
crime n'avait pas été commis par un groupe -
comme plusieurs le pensaient à l'epoque- mais plutôt
par un immigrant allemand solitaire qui vivait dans la communauté
allemande du Bronx, était doué en mecanique
et avait environ le même âge que Lindbergh. Il
avait une grande confiance en lui-même, peu dans les
autres et passait la plupart de ses loisirs avec des hommes,
même si les femmes l'attiraient.
En
septembre 1934, l'arrestation de Bruno Hauptmann confirma
l'exactitude du profil
Comment Hitler va-t-il
reagir advanant une défaite allemande? Durant la deuxieme
guerre mondiale, à la demande de l'Office of Strategic
Services, le papa de la CIA, le psychiatre William Langer
fit le portrait psychologique d'Adolf Hitler. Il ramassa tout
ce qui était connu sur Hitler à l'époque
et digéra l'information. Il tenta ensuite de diagnostiquer,
à distance, un "patient" qu'il n'avait jamais
vu et de prédire ses reactions. Dans les années
cinquante on a fait avec succès le portrait psychologique
du Mad Bomber de New York et dans les années 60, celui
,completement raté, de l'Etrangleur de Boston.
L'Investigative support Unit a son quartier
général à l'Académie du FBI, à
Quantico, petit village paisible à une cinquantaine
de kilomètres de Washington. Depuis 1935, l'Academie
de police du FBI enseigne tous les aspects du crime. Avec
son champ de tir, ses laboratoires ultramodernes, sa collection
d'armes, l'Académie sert de camp d'entraînement
aux futurs agents. Plusieurs scènes de "Le Silence
des agneaux" y ont été tournées.
Parmi les professeurs, les spécialistes
du cerveau criminel étaient de plus en plus souvent
sollicités par leurs étudiants policiers aux
prises avec des criminels en série. Avaient-ils une
idée du genre d'individus qu'ils devaient chercher?
Au debut, l'escouade ne faisaient des portraits
psychologiques qu'à la demande des étudiants.
Mais rapidement, à mesure que sa réputation
croissait, l'escouade etait consultée aussitôt
qu'un crime bizarre restait sans solution. Puis, s'ajoutèrent
d'autres crimes.
Vers 1978, on faisait le portrait psychologique
de violeurs, d'incendiaires, d'extorsionistes et même
de criminels non violents. Mais l'escouade se concentrait
sur les crimes violents et sexuels. Les mêmes questions
revenaient toujours: Comment selectionnent-ils leurs victimes?
Comment les approchent-ils? Comment peuvent-ils les manipuler
et les controler? Que font-ils avant le crime? Pendant? Apres?
Comment échappent-ils aux policiers? Les criminels
sexuels seuls connaissaient les réponses.
A partir de 1978, les douze membres de
l'escouade ont fait le tour des pénitenciers pour questionner
36 des criminels les plus violents des États-Unis,
de Charles Manson à Richard Speck en passant par David
Berkowitz (Son of Sam) On a même visité l'hopital
psychiatrique à sécurité maximum de Mendota
au
Wisconsin pour interviouer Ed Gein, 77
ans, the Ghoul ofPlainfield"
dont les excavations nocturnes dans le cimetière d'une
petite ville du Wisconsin inspira "Psycho" de Hitchcock.
La plupart ont accepté de collaborer; par remords,
pour rendre service, parce qu'ils étaient flattés
de l'attention ou pour la joie de revivre leurs crimes.
Les interrogatoires duraient entre 5 et 10 heures. Au préalable,
les agents avaient mis au point un questionnaire de 57 pages.
David Berkowitz, par exemple, leur a confié que les
nuits où il ne trouvait pas de victimes, il retournait
sur la scène d'un crime précédent pour
le revivre. Un autre meurtrier leur avait aussi révélé
comment il s'y prenait pour attirer ses jeunes victimes. Il
s'entourait un bras dans un bandage et réclamait leur
aide pour transporter des colis à son automobile qu'il
prenait soin de stationner dans un endroit désert.
Les membres de l'escouade se sont aussi intéressés aux
"fantaisies" des tueurs. Théodore Bundy gardait
certains cadavres à qui il refaisait le maquillage
et donnait un shampoing. Pourquoi Dennis Nilsen attachait-il
le corps de sa dernière victime sur une chaise lorsqu'il
partait travailler? "Because it was nice to have someone
to come home to."
Ces entrevues ont été disséquées, analysées.
Des programmes informatiques ont aidé à faire
des recoupements avec les données psychologiques connues.
Depuis, lorsqu'un meurtre est commis, l'information (les indices)
sont digérés par l'ordinateur puis comparés
avec les autres cas. On cherche les liens, une similitude.
Grace à ces entrevues, l'escouade
avait desormais une banque d'informations sur les scènes
de leur crimes, leurs caracteristiques physiques et personnelles
et leur facon d'opérer.
D'autres experiences similaires avaient
lieu ailleurs aux Etats-Unis, par exemple le programme de
Los Angeles pour appréhender les criminels violents.
Finalement en 1982, le FBI créa le National Center
for the Analysis of Violent Crime, pour regrouper les efforts
fragmentés de tout le pays. On y etudie les crimes
les plus sordides, les plus violents, les moins comprehensibles
commis par des êtres irrationnels, dégénérés,
anormaux, particulierement vicieux: les tueurs en série,
les pyromanes, les violeurs etc. Le Bureau acepte egalement
un nombre croissant de cas internationaux comme celui de cet
assassin de Florence qui terrorise le nord de l'Italie depuis
8 années, tuant une ou deux victimes par année.
Les portraitistes de l'escouade psychique
lisent à la loupe les rapports de police et d'autopsie,
examinent les photos des victimes et des lieux du crime. Ils
cherchent des indices non physiques, des indices de comportement
qui aideraient à identifier des inconnus, comme la
haine, la rage, l'amour, la peur. Un crime, notamment un crime
bizarre, reflète la personnalité de son auteur
de la même facon que notre facon d'entretenir et de
decorer notre intérieur traduit quelque chose de notre
personnalité
Les
empreintes psychologiques
Le FBI porte une attention
maniaque aux rapports d'autopsie et aux cartes et photos de
la scene du crime. Comment la victime a été
traitée en révèle beaucoup sur le tueur.
Un tueur qui couvre le corps ou le cache dit en fait qu'il
se sent mal après son geste. S'il deplace le corps
de facon à ce qu'il soit trouvé rapidement cela
peut montrer qu'il a des sentiments pour la victime. Il ne
veut pas que le corps soit exposé aux éléments;
il veut que les victimes aient un enterrement décent.
Les portraitistes s'intéressent à la facon dont
la victime a été tuée. Les meurtres sexuels
sont
généralement commis par poignardages,
étranglement ou battage à mort plutot que par
des coups de feu. Si le tueur a amené sa propre arme,
cela indique un stalker, quelqu'un de bien organisé,
même malin, qui vient d'une autre partie de la ville
et probablement conduit une auto. Si le tueur a utilisé
la première arme disponible, un couteau de la cuisine
ou un fil de lampe, cela montre un acte plus impulsif, une
personalité plus désorganisé. Cela signifie
egalement que le tueur est venu à pied et qu'il demeure
près de la scène du crime. Le tueur s'est attaqué
au visage? La règle générale est qu'une
attaque brutale au visage comme dans le cas du meurtre au
Bronx, signifie que le tueur connaissait la victime. Plus
l'attaque faciale est brutale, plus le lien avec la victime
est étroit. La victime a-t-elle été tué
dans un blitz. Cela indique un tueur plus jeune, un adolescent
ou un jeune homme dans la vingtaine qui se sent menacé
par la victime et a besoin de la rendre inoffensive immédiatement.
D'un autre côté si le tueur semble contrôler
la situation, s'il a tué lentement et méthodiquement,
cela montre une personnalité plus sadique, un homme
dans la vingtaine ou la trentaine.
Tout aussi revelateurs sont les actions
du meurtrier après le crime. Est-ce qu'il reste sur
place, fouillant les affaires de la victime, placant le corps
dans des positions rituelles? ou est-ce qu'il tue et se sauve?
A-t-il amené quelque chose? Pour interpréter
la scène d'un crime le FBI se fie moins à une
profonde analyse psychologique qu'aux probabilités
statistiques., du gros bon sens et l'expérience gagné
en étudiant des centaines de cas. Dans le cas de New
York, Douglas était certain que, puisque la fille etait
blanche, le tueur devait l’être aussi. Dans la
très grande majorité des cas de mutilation,
le tueur est de la même race que la victime. La scène
du crime montrait une certaine organisation et il estima l'âge
du tueur dans le milieu de la vingtaine ou le début
de la trentaine. Les boucles d'oreilles de la victime avaient
été dévissées et non pas arrachées
et placées proprement de chaque côté de
la tête.
Pour Douglas, ce genre de conduite mesurée
aurait été hautement improbable dans le cas
d'un teenager impulsif ou dans les débuts de la vingtaine.
De même il était imporbable que le tueur soit
à la fin de la trentaine ou au debut de la quarantaine.
Ce genre de tueurs a rarement cet age. Les autres caraceristiques
de ce cas suivent le même raisonnement. Le FBI sait
par ses statistiques que ce genre de tueurs vient de foyers
brisés et qu'il ne peuvent entretenir de relations
à long terme avec une femme. Ceci amena à penser
que le tueur devait vivre seul ou avec un de ses parents.
De la facon dégagé avec laquelle il s'est
conduit sur la scene du crime, le FBI estima
qu'il devait demeurer tout près. "Il y a passé
beaucoup de temps ce qui nous indique qu'il était familier
avec le coin " explique Douglas. Et, s'il vivait près
de la scène du crime il etait logique que la police
l'ait déjà interrogé.
Une fois expliquée, chaque partie
du puzzle semble compréhensible mais un profil complet
peut surprendre même l'enquêteur le plus expérimenté.
Le profil est "une biographie courte
et vivante esquissant les caracteristiques les plus marquantes
du sujet." Le profil ne comprend pas tout. Psychologiques
ou materielles, les indices varient d'un crime à l'autre;
les profils aussi. Le profil peut toutefois révéler
la race du tueur, son sexe, son groupe d'âge, son état
civil, son emploi, son dégré de maturité
sexuelle, la possibilité qu'il ait commis un délit
similaire auparavant, l'existence possible d'un dossier criminel,
sa réaction face aux questions de la police, l'éventualité
qu'il récidive.
Les portraitistes sont tous diplômés
en sciences sociales; mais aucun n'est psychologue ou psychiatre.
Le côté diagnostic ou thérapeutique du
comportement criminel est laissé à d'autres.
Les profils sont écrits en anglais standard et on évite
comme la peste le vocabulaire spécialisé des
psychiatres, lequel n'aide pas beaucoup à arrêter
un criminel. Il est plus utile d'avoir l'âge du criminel,
son statut marital qu'un diagnostic précis de sa maladie.
On ne s'angoisse pas avec la question de savoir pourquoi le
tueur tue. L'escouade ne cherche pas à expliquer les
actions d'un tueur mais à l'arrêter. Tous ont
une expérience substantielle des techniques d'enquête
mais la clé de leur expertise est leur familiarité
absolument unique avec le fonctionnement du cerveau d'un criminel
irrationnel.
De l'avis des meilleurs experts, ils n'ont
pas d'égaux. Il est vrai qu'ils continuent à
recevoir l'aide des criminels les plus dangereux d'Amerique.
Le Bureau a aujourd’hui des filières
remplies à craquer de dossiers de criminels en série.
En effet, depuis les entrevues de 1978, l'étude systématique
des auteurs de certains crimes s'est poursuivi. On a developpé
le Criminal Personality Interview Program pour étudier
leurs caractéristiques, leurs motifs, leur comportement.
Une des premières constatations est la division possible
entre le criminel organisé et le non organisé.
Organisé
Ce tueur est intelligent,
quelquefois très intelligent. En société,
avec son partenaire, rien ne le distingue; aucun problème
apparent. Il peut être en colère ou déprimé
au moment de partir à la recherche d'une victime; mais
il est prêt, son auto est en bonne condition et il a
choisi son terrain de chasse.
Souvent il prefère un certain type
de victime et peut investir beaucoup de temps pour la trouver.
"I'm a night person. Plenty of times that I went out
looking, but never came across nothing an I just went back
home. I would sit waiting, and, as I was waiting, I was reliving
all the others." Ce qu'il cherche peut être basé
sur l’âge, l’apparence, la coupe de cheveux,
l’occupation, le mode de vie etc. Il peut viser particulièrement
des auto-stoppeurs, des étudiants des infirmières
ou des femmes conduisant des autos à deux portes. Il
n'attaque pas immédiatement sa victime. Il lui
parle, cherche à gagner sa confiance,
attend avant de se servir de la force. Puis, il veut le contrôle
total, une victime soumise et, souvent la menace et l'attache.
Lorsqu'il viole, lorsqu'il tue, il est
calme, relaxe, et se contrôle parfaitement. Methodique,
organisé, il laisse une scène du crime sans
empreintes, sans armes, cache le corps ou le transporte ailleurs.
Il ramène un souvenir de la victime ou de la scène
du crime et prend plaisir à se rappeler ses exploits.
Il lit avec plaisir son dossier de presse.
Inorganisé
D'intelligence moyenne ou moins, cet
incompétent sexuel a peur du monde, vit seul ou avec
ses parents près de la scène de ses crimes.
C'est un spontané qui agit sous le stress et trouve
une victime dans son patelin. Il peut chercher une victime
en frappant aux portes comme Albert De Salvo,
l'etrangleur de Boston. Qui lui ouvre est
condamnée, car il tue immediatement. Puis, il défigure
la victime et mutile son cadavre. La scène du crime
laisse l'impression que celui-ci a été commis
soudainement, sans préparations et sans plans d'action
pour éviter d'être repéré. On peut
même trouver ses empreintes. En général,
ils ne prennent pas la peine de cacher le corps; mais certains
amènent le cadavre chez eux. Edmund Kemper, par exemple,
conservait les têtes de ses victimes, dont celle de
sa mere qui lui servait de cible aux dards. Bundy non seulement
gardait certains cadavres, mais il refaisait leur maquillage
et leur donnait un shampoing.
NCAVC
Actuellement, le
Centre étudie le viol, le stress policier, l'incendie
criminel et le terrorisme. A l'Académie, l'escouade
donne des cours de criminologie appliquée, de psychopathologie
et de sociologie ainsi que des cours sur les négociations
de prises d'otages, la violence entre les personnes etc. Bien
sur, le Service aide les policers à préparer
les profils de personnalité criminelle.
Le FBI accepte de fournir des profils dans
une étroite sélection de crimes, principalement
les viols multiples, les crimes contre les enfants et les
meurtres dont le motif est inconnu mais qui revèlent,
sur les lieux du crime, des signes d'aberration chez le tueur
parce qu'ils se prêtent beaucoup mieux à la technique
du profiling. ""The more bizarre the crime scene,
dit l'agent John Douglas qui a aidé à faire
le profil du tueur du Bronx, "the easier it is to tell
what kind of person did it."
L'analyse psychologique ne remplace pas
l'enquête de base et les policiers doivent d'abord épuiser
toutes les pistes logiques avant de faire appel au service.
Celui-ci n'analyse que les crimes, homicides, viols etc .
Le profiling ne fournit pas l'identité du criminel
mais restreint le champ d'investigation et souvent découvre
une piste.
De plus le Centre a formé d'autres
spécialistes. Ainsi, chaque bureau regional du FBI
a un portraitiste sur place.
Sur les lieux du crime, certains indices
non physiques ne peuvent être ni ramassés ni
examinés en laboratoire. Mais les policiers formés
par le Centre apprennent à reconnaître sur la
scène d'un crime, ces émotions ces traits de
personnalite qui leur indique le genre d'individu le plus
suceptible d'avoir commis un tel crime. On a ajouté
la psychologie aux armes contre le crime.
VICAP
La derniere addition du Centre est le Violent Criminal
Apprehension Program
qui utilise les techniques rôdées depuis longtemps
pour retracer les automobiles volées et les armes à
feu
pour traquer les meurtriers en série.
En opération depuis juin 85, VICAP est un cente de
ressource, un clearinghouse pour les crimes violents non resolus:
meurtres, viols, etc. On fournit à tous les corps de
police l'information necessaire pour coordonner leurs efforts
pour arrêter le criminel.
A la demande du Centre, les corps de police
remplissent des fiches précises, les VICAP Crime Analysis
Forms (description des victimes, modes de mutilation, dissimmulation
de cadavres etc.)pour aider l'escouade. Cette collaboration
entre les polices permet de relier des meurtres isolés
à priori dans differents endroits grace aux desriptions
des victimes, à l'analyse des patterns. VICAP détermine
si le même pattern existe dans ses filieres. On fournit
ensuite aux policiers les dix cas les plus semblables.
C'est la capacite de l'homme pour la cruaute
qui nous effraie. Ils rodent dans nos villes comme des betes
de proie, complètement indifferents aux peurs et aux
souffrances de leurs victimes. Leur seul but est de satisfaire
leur appétit.

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