
Premiere parution:
Internet.Medias@Journalisme, janvier
2000


L'utopie
Internet
Avalanche
de pub Internet... en-dehors d'Internet
Pascal
Lapointe
Les internautes promettent depuis des années
un déferlement de publicité qui permettrait
de faire vivre confortablement les sites web. Eh bien voici
que la publicité vient effectivement de se mettre à
déferler... mais dans les médias " traditionnels ".
Et celle-là, personne ne lavait
vu venir.
Les Yahoo, America On Line, Monster.com et autres
ont tellement investi en publicité à la télévision
et dans les journaux en 1999, quils ont carrément,
dans certains cas, fait la différence entre un déficit
et un profit pour les " vieux " médias.
Cest une avalanche de " publicité point-com ",
pour reprendre lexpression du New York Observer.
" Cest un moment extraordinaire
pour travailler en publicité ", sextasie
Tom Bernardin, président dune agence new-yorkaise
qui vient de décrocher un contrat publicitaire de 80
millions$ dune firme Internet appelée Datek Online.
Parce quil ny a pas que les géants
dInternet : le déferlement provient aussi
dune foule dobscures petites compagnies. " Je
suis en affaires depuis 25 ans, poursuit Bernardin, et je
ne me rappelle pas avoir vu quelque chose de ce genre. "
" Nous attirons des gens dont nous navons
jamais entendu parler ", renchérit, dans
un reportage du Time, le directeur des ventes du réseau
ABC.
Nul ne semble très sûr de la façon
dont tout cela a commencé, mais une chose est claire :
les sites web, petits et grands, sont engagés dans
une course frénétique pour faire connaître
leur nom à lextérieur du cyberespace.
Et ils le font sans stratégie... ni expérience.
Alta Vista, au début du printemps 1999,
navait même pas de département de marketing.
Depuis, elle a trouvé le moyen de dépenser plus
de 120 millions$, et il est possible quune partie de
cet argent, faute dune planification adéquate,
ait été dépensée fort peu judicieusement.
Monster.com et HotJobs.com (deux concurrents sur le marché
des offres demplois) ont flambé 3 millions$ chacun
pour 30 précieuses secondes lors du prochain Super
Bowl. Le réseau ABC, à lui seul, aurait vendu
en 1999 quelque 200 millions$ US en publicités reliées
à Internet. La revue daffaires Business Week
a profité elle aussi de la manne, qui a atteint jusqu'à
un magazine comme Successful Farming,
Il y a une certaine logique derrière
tout cela : bien que lachalandage des sites soit
en hausse constante depuis cinq ans, cette hausse reste encore
insuffisante pour attirer une masse critique dannonceurs.
Un webmestre se trouve donc devant peu dalternatives :
sil ne veut pas mourir de faim, il lui faut faire connaître
son site. Et quel meilleur endroit pour cela quun média
qui attire des centaines de milliers de lecteurs par jour,
ou des millions de téléspectateurs
par
demi-heure? " Essayez davoir ça avec
votre site web! ", ironise le Time.
De voir tous ces adeptes des " nouveaux "
médias se tourner vers les " vieux "
médias quils ont si souvent décriés,
a quelque chose de profondément ironique. Mais en même
temps, inquiétant : parce que, de tous ceux qui
annoncent, il est possible que seule une poignée survive.
Ce sont souvent des compagnies parties de rien, qui roulent
sur davantage despoirs que de revenus, et qui, à
lapproche de Noël, mettent le paquet.
"Les point-com, résume le New
York Observer, tentent détablir leur marque
de commerce sur un terrain qui est devenu épouvantablement
engorgé par de nouveaux sites web." Mais ce faisant,
ils se retrouvent entraînés dans un tourbillon
en forme de cercle vicieux : " Ils luttent
tous frénétiquement pour sélever
au-dessus du bruit créé par leur propre frénésie
à sélever au-dessus du bruit. "
La chose naura peut-être quun
temps, mais cette année, et aux Etats-Unis pour linstant,
elle aura grandement profité... aux "vieux"
médias.

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