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Premiere parution: Hebdo-Science, 21 novembre 2003



Le journalisme scientifique

Quel avenir pour la science dans les journaux?

Pascal Lapointe

Y a-t-il plus de science qu'avant dans les journaux? Chaque nouveau journaliste qui découvre l'existence de l'Agence Science-Presse repose cette question. Il n'est pas facile d'y répondre.

Calculer le nombre d'articles? D'autres s'y sont essayés, sans arriver à démontrer grand-chose. En Grande-Bretagne par exemple, une analyse de contenu majeure des journaux appelée le Media Monitor, a été effectuée chaque année entre 1946 et 1990. Les courbes étaient à première vue encourageantes: le nombre de reportages scientifiques dans le Daily Telegraph est passé d'environ 2000 par année vers 1950 à quelque 8000 en 1992! Mais le problème, c'est que les journaux de 1992 sont environ quatre fois plus volumineux…

Si la question n'est pas facile à répondre, c'est aussi parce qu'il faut d'abord définir ce que signifie "science". La recherche universitaire, comme La Presse la couvrait il y a quelques années sous la plume d'André Pratte, en fait-elle partie, même lorsqu'elle touche aux sciences humaines? Et les pages Internet, qui furent si abondantes pendant les années 1996-2001? Par ailleurs, ne faudrait-il pas ranger les pages Santé dans une catégorie à part, sans quoi on créerait une disproportion?

Reste un dernier critère: la présence de pages étiquetées "Science". Bien que la science ne se retrouve pas exclusivement dans ces pages, le fait d'en publier une par semaine, voire un cahier par semaine, est un signe: à la direction du journal, au moins une personne porte un intérêt soutenu à la science.


Disparition des pages Science

Or, sur ce plan, le portrait n'est pas encourageant du tout. Un organisme américain à but non lucratif aujourd'hui disparu, le Scientists' Institute for Public Information (SIPI) évaluait, à la fin des années 80, à une centaine le nombre de quotidiens américains offrant une ou des pages science. Plusieurs de ces journaux les ont supprimées pendant la première moitié des années 90, prétextant, dans la plupart des cas, la mauvaise santé de l'économie. Mais la reprise économique de la fin des années 90 n'a pas ressuscité ces pages, ironise Martin Baucom, de l'organisme Sigma Xi, héritier d'une partie des recherches du SIPI.

Résultat: sur la centaine de journaux d'il y a 15 ans, il n'en resterait aujourd'hui que la moitié (New York Times, Boston Globe, Newsday, tous le mardi, Washington Post, Los Angeles Times, Dallas Morning News, Christian Science Monitor, etc.).

Chez nous, le dernier effort de recension est celui de l'Association des communicateurs scientifiques (ACS) qui, en 2001, avait amorcé une analyse statistique du nombre d'articles parus dans huit quotidiens (dont six québécois): sur deux semaines, l'une à l'hiver et l'autre au printemps, on arrivait à une moyenne hebdomadaire, dans les quotidiens francophones, d'une centaine d'articles parlant de science. Un peu plus tôt la même année, Nathalie Kinnard, alors étudiante à l'Université Laval, avait effectué un travail similaire: dans la semaine du 14 au 21 février 2001, elle avait recensé 64 articles dans huit des quotidiens québécois (dont 25 dans La Presse et 12 dans Le Journal de Québec).

Quel pourcentage de la surface totale des journaux tous ces articles scientifiques représentent-ils? Aucune des deux études ne contient ce calcul, mais il n'est pas difficile de s'en faire une idée: on arrive nettement en-dessous de la barre des 5%. Or, 18 ans plus tôt, en 1985, l'ACS avait piloté une autre étude, qui arrivait à la conclusion que la nouvelle scientifique occupait… 3,1% de l'espace des quotidiens.

Il n'est pas non plus inintéressant de noter qu'en 2001, autant dans l'étude ACS que dans l'étude Kinnard, les principales sources de ces dizaines d'articles étaient les agences de presse (dont Science-Presse). Les journalistes "maison" des différents quotidiens arrivaient très loin derrière.

A l'été 2003 , Le Droit a mis fin à sa page Science, après trois ans d'existence. Seuls La Presse, Le Devoir (une fois par 15 jours) et The Gazette en conservent une.

 

Ce texte est paru dans le numéro 1305 d'Hebdo-Science (spécial 25e anniversaire, 21 novembre 2003)

 

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