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La confidente des banquiers
par Claude Marcil

Des hommes cupides qui laissent leur avidité prendre le dessus sur le bon sens, telles étaient les victimes parfaites de Cassie Chadwick.

Cassie Chadwick est née Elizabeth Bigley. Elle a vu le jour en 1857 à London (Ontario), dans une famille pauvre. À l¹âge de 15 ans, elle « se laisse séduire » par un jeune fermier à qui elle promet ses charmes en échange d¹une bague à diamant. Le marché tient bon mais, quand le jeune homme lui propose le mariage, elle refuse.

Par un beau samedi de 1875, se trouvant à London pour des emplettes, elle s¹amasse de l¹argent en payant ses achats avec des chèques au montant plus élevé que le prix de ses acquisitions. Quand les commerçants lui demandent ses papiers, elle présente délicatement une carte qui dit : Mlle Bigley, héritière de 15 000 $. Les marchands font un petit sourire en coin, trouvant cela un peu naïf, mais ils trouvent qu¹elle a du goût. Avec le reste de l¹argent, elle loue une superbe suite d¹hôtel. Au moment de la quitter, le lundi suivant, la police arrive et Elizabeth se retrouve en prison. Quand elle passe devant le juge, elle prend un air repentant et celui-ci la renvoie chez elle.

Les Bigley déménagent à Cleveland (Ohio), mais Elizabeth s¹établit à Toledo où elle devient Madame Lydia Devere, voyante extralucide. Les affaires sont bonnes, puisqu¹elle y persiste pendant sept ans. Puis elle devient Madame Alias, sous plusieurs identités, plus nobles et excitantes les unes que les autres. Elle est « séduite » par un jeune commis qui lui lit des poèmes dans sa chambre. Elle lui présente une note au montant de 2 000 $, signée par « un homme d¹affaires important de Cleveland ». Le jeune homme l¹encaisse, et elle lui en donne une autre, au montant de 4 000 $. En peu de temps, il avait encaissé 40 000 $. Arrêté, il balance « Lydia », qui est condamnée à neuf ans et demi.

Libérée sous condition à Noël 1896, elle devient Cassie Hoover, et elle épouse le chirurgien Leroy Chadwick. Elle reçoit en grande pompe tous les soirs et elle se prépare à un grand coup. À Pâques 1902, elle part à New York avec un avocat en vue. Elle s¹arrête « pour quelques minutes » à un hôtel particulier de la Cinquième Avenue, près de la 49e Rue. Elle y discute de nébuleuses références d¹une bonne, puis elle ressort, un gros paquet sous le bras. L¹avocat, ayant reconnu la maison d¹Andrew Carnegie, homme d¹affaires en vue, lui demande le but de sa visite. Et elle lui révèle qu¹elle est la fille naturelle de Carnegie. Puis elle lui tend trois notes signées Andrew Carnegie, l¹une au montant de 50 000 $, une autre de 200 000 $ et une troisième de 500 000 $, toutes trois datées du 7 janvier 1904, près de deux ans plus tardŠ

« Et que contient le paquet ? », de poursuivre l¹avocat. « Des titres au montant de 5 000 000 $», de répondre Cassie. Puis ils vont tous deux à la banque Wade Park de Cleveland déposer le précieux paquet. En échange, Iri Reynolds, le trésorier de la banque, remet à Cassie un reçu signé de sa main certifiant qu¹il a en sa possession « des titres et certificats au montant de 5 000 000 $.»

Munie de ce papier et des « notes de Carnegie », elle se rend à une banque de Boston où elle est reçue par Herbert Newton, un banquier spécialiste en placements. Dès son arrivée, ce dernier lui remet un chèque au montant de 79 000 $ et une note de crédit de sa main, au montant de 50 000 $. Et il lui charge 50 % d¹intérêt pour un an. De la même manière, elle extorque un total de 102 000 $ en notes personnelles au président de la banque Oberlin, puis elle lui fait ouvrir les coffres de la banque pour 700 000 $.

En retournant chez elle, Cassie s¹arrête à un magasin de luxe et elle tombe en arrêt devant un superbe modèle de piano à queue. Elle en achète 27 (tout le stock du magasin) et les fait livrer à des amis. Puis elle se promène en Europe où elle amène avec elle quatre jeunes filles pour lui tenir compagnie. 10 000 $ Au retour, elle doit payer 10 000 $ en frais de douane pour de menus achats. Plusieurs de ses prêts arrivant à échéance en 1903, elle décide de « taper » un magnat de l¹acier de 800 000 $. Elle répète le manège auprès de trois autres banquiers pour 110 000 $. Cassie montre ses comptes de banque à son mari, qui reste ébaubi. Pour célébrer le tout, elle expédie des cadeaux de Noël à tous les orphelins de l¹État de l¹Ohio.

Mais toute bonne chose a une fin. À Pâques 1904, lors de l¹échéance de l¹intérêt sur son prêt du banquier Newton de Boston, elle ne peut payer. Mais le « gardien des titres » Reynolds la tire d¹affaire. Toutefois, elle ne peut faire face à tous ses créanciers et le « paquet de titres » est ouvert en cour ; il ne contient que des papiers sans valeur. Cassie Chadwick est trouvée coupable de fraude, de faux et d¹usage de faux à la suite du témoignage d¹Andrew Carnegie, qui affirme ne jamais lui avoir rien signé. Cassie est morte à l¹âge de 50 ans à l¹hôpital du pénitencier de l¹Ohio, en 1907. Son mari déménage ensuite en Floride et recommence sa vie à neuf, après avoir fait annuler son mariage.

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