

Clifford
Irving et la biographie de Howard
Hughes
Par Claude Marcil
Le
milliardaire Howard Hughes a, de son vivant, entretenu de
nombreuses légendes. Mais son obsession du secret a
donné la chance à un écrivain peu scrupuleux
de s'enrichir de 750 000 $ à son détriment.
En 1970, ayant eu l'idée saugrenue de rédiger
une biographie fictive de l'excentrique milliardaire, Clifford
Irving en glissa quelques mots à son ami Richard Suskind,
qui lui rendait visite à Ibiza, dans les Baléares.
« T'es sonné, lui répliqua Suskind.
Jamais un éditeur n'acceptera de participer à
une telle supercherie ! » Mais Irving avait
déjà commencé à « correspondre »
avec Hughes. En fait, à partir de lettres originales
de Hughes parues dans Newsweek et Life, il s'était
forgé plusieurs lettres, écrites à lui-même,
dont une de neuf pages.
Fort de toute cette correspondance, Irving se présentait
chez McGraw-Hill en « prouvant » à
cet éditeur qu'Howard Hughes l'autorisait (c'était
écrit en toutes lettres « de la main »
de Hughes) à publier la véritable histoire
de Howard Hughes. Il avait évidemment pris la peine
de vérifier si des travaux similaires étaient
en cours, mais il n'y avait rien de la sorte à l'horizon.
Après une première fausse rencontre « seul
à seul » avec Hughes, Irving se vit proposer
une offre inespérée : la réécriture
d'un livre commencé par le reporter James Phelan et
Noah Dietrich, seul confident de Hughes pendant des années.
Irving accepta avec nonchalance. Grâce à cet
apport inopiné, Irving produisit un premier jet de
« l'autobiographie de Howard Hughes »,
pour les droits de laquelle « Hughes »
exigeait la somme rondelette d'un million de dollars, mais
Irving « l'avait convaincu » d'accepter
750 000 $. Bonne nouvelle, donc ! Les éditeurs
(McGraw-Hill, Life et l'éditeur de la
version livre de poche) étaient ravis de cette
première ébauche, regorgeant d'anecdotes sur
l'enfance de Hughes, sur ses méthodes d'affaires et
sur les grandes amours de sa vie : les avions !
Donc les éditeurs firent une contre-offre à
Hughes, via Irving, bien sûr : 750 000 $.
Hughes accepte, leur confirme Irving. Mais il veut que les
chèques soient payables à l'ordre de H. R. Hughes,
et remis en main propre à Irving. Celui-ci les confie
(en trois tranches de 250 000 $, plus 25 000 $
chaque fois pour les frais de retranscription d'Irving, soit
825 000 $ en tout) à sa femme, qui ouvre
un compte en Suisse au nom de H. (Helga) R. (Rosenkrantz)
Hughes. Et elle transfère à mesure l'argent
dans un autre compte, celui-là au nom de Helga Rosenkrantz.
Le tout s'est admirablement bien déroulé jusqu'à
ce qu'un témoin inattendu entre en jeu : Howard
Hughes lui-même qui, à la suite de l'annonce
publique et officielle de la parution de son « autobiographie »
nia formellement toute affiliation avec Clifford Irving. Le
château de cartes commença dès lors à
s'écrouler. Les époux Irving se retrouvèrent
devant les tribunaux. Clifford fut condamné à
deux ans et demi (aux États-Unis, évidemment)
et sa femme à deux ans, en Suisse. Leur mariage ne
résista pas à cette affaire et ils divorcèrent
peu de temps après.

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