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New York paie le prix fort
Par Claude Marcil

À 18 ans, Bill Tweed apprenait que le Percepteur du port de New York s'était enfui en Europe avec 1 200 000 $. Bien sûr, il en était outré. À 21 ans, il voyait des votants se faire payer pour « voter du bon bord » alors que d'autres se faisaient mettre à la porte par la police parce qu'ils avaient refusé de « se faire acheter ». 55 000 personnes avaient voté lors de cette élection, alors que seulement 45 000 votants étaient enregistrés. Curieux, pensa-t-il.

En 1848, William Marcy Tweed commença sa carrière à l'âge de 25 ans, comme pompier. Deux ans plus tard, il se faisait élire comme conseiller municipal de la ville de New York. Il comprit vite les rouages de la manipulation. Pour se faire élire, il se servit de l'immigration. Il envoya 4 000 immigrés à un juge « acheté », qui les fit citoyens américains du moment qu'ils votent pour Tweed. Peu après, la ville avait besoin d'un terrain pour agrandir un cimetière. Il l'acheta. L'ayant payé 30 000 $, il le revendit à la ville pour 103 000 $.

Et notre Bill Tweed, devenu surintendant de la ville, sut bien s'entourer. Un cerveau : Bill Sweeny, le procureur général, un élégant, A. Oakey Hall et un complaisant, Richard Connolly. Avec leur complicité, achat, pour 1 500 $ de trois cents bancs revendus à la ville pour 169 000 $. Achat d'une carrière de marbre pour 3 080 $ puis vente de marbre au Palais de Justice pour 420 000 $.

Et une trouvaille : la sonnette, c'est-à-dire la présentation d'un projet de règlement nuisible pour une certaine entreprise. Celle-ci entendait de loin la sonnette et l'un de ses représentants accourait avec la somme appropriée pour arrêter la sonnette. En 1869, Tweed et son équipe étaient fermement en place. L'élégant Hall était devenu maire de New York, Connolly était maintenant contrôleur général, alors l'équipe passait en grande vitesse. Les fournisseurs de la ville étaient avisés qu'ils devaient augmenter leurs factures. Ils garderaient un pourcentage de l'augmentation alors que l'équipe Tweed garderait la part du lion. La joyeuse équipe volait à la ville une moyenne d'un million de $ par mois, puis il créait un Comité de Vérification. Ses membres ? Tweed, Hall, Connolly et Sweeny, qui décidèrent qu'ils allaient retenir un tiers de chaque dollar dépensé ou perçu par la ville, proportion qui allait passer à 50 % puis à 85 %.

Lors d'une réunion du Comité, on approuvait le paiement de 6 312 500 $ dont 5 300 000 $ passaient dans les mains de la bande des quatre. Un Palais de Justice de 3 000 000 $ coûtait douze millions aux contribuables, etc. Évidemment, yachts, villas et châteaux étaient devenus la propriété du groupe, qui « graissait » les journaux qui les décrivaient comme de petits saints.

Le manège se poursuivit jusqu'en 1871, alors que le shérif James O'Brien se fit souffler 350 000 $, somme à laquelle il jugeait qu'il avait droit en échange de sa collaboration. Le shérif ne perdit pas une minute et se dirigea vers le New York Times, avec des preuves des malversations de la bande des quatre. Le dossier publié par le Times révéla que 90 000 000 $ (de 1871 !) étaient annuellement détournés au profit du clan.

Le dossier du Times, intitulé les comptes secrets, s'étala sur des jours, voire quelques semaines, à la suite de quoi Tweed commença à transférer ses avoirs dans des comptes de ses parents et amis. Il fut condamné à douze ans de prison (et à 12 750 $ d'amende qu'il ne paya pas !) sous 204 des 220 chefs d'accusation retenus contre lui. Libéré après 14 mois, il fut ensuite l'objet d'une poursuite au civil pour recouvrer six millions de $. Il passa encore dix mois et demi dans une cage dorée, ayant même le droit d'aller prendre ses repas chez lui chaque soir. Il en profita d'ailleurs pour s'enfuir à Cuba mais il revint se constituer prisonnier deux ans plus tard et il mourut en prison le 12 avril 1877, une semaine après son anniversaire de naissance, certain de « l'accueil de Dieu.»

 

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