

Pierres
précieuses en vrac
Par Claude Marcil
Une
montagne de diamants, voilà sur quoi étaient
censés être tombés John Slack et Philip
Arnold en ce début de février 1872.
À San Francisco, deux prospecteurs barbus descendent
du train. L'un d'eux traîne un fusil de marque Winchester
et son index droit n'est jamais bien loin de la détente.
L'autre trimbale un lourd sac de toile poussiéreux.
Après s'être trouvé une chambre d'hôtel,
ils vont prendre un verre au saloon du coin. Ils tiennent
leur sac à l''il, et ils chuchotent en regardant autour
d'eux d'un air soupçonneux.
Ils se promènent ainsi en ville pendant près
de deux semaines ; tous se posent des questions sur le
contenu de ce fameux sac, jusqu'à ce que les deux compères
décident de le déposer à la banque, dans
un coffre. Le commis a tôt fait d'en vérifier
le contenu : diamants, émeraudes, saphirs et rubis
bruts. Toutes ces pierres de grosseur respectable feraient
rêver n'importe quel prospecteur !
En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, William Ralston,
le président de la banque de Californie, est mis au
courant du précieux contenu de la poche de toile. Il
fait venir un expert qui lui confie que les pierres ont récemment
été extraites de la terre et qu'elles valent
au bas mot 125 000 $ (deux millions de dollars canadiens
d'aujourd'hui). Ralston décide alors de devenir ami
des deux aventuriers. Il y arrive assez facilement, alcool
aidant, en se fondant sur son passé militaire et celui
de l'un des deux lascars. Il parvient de la sorte à
les convaincre de l'amener sur les lieux de la découverte,
une montagne de pierres précieuses !
Le trio prend donc le train jusqu'à la frontière
sud-ouest du Wyoming et, de là, durant plusieurs jours,
ils promènent Ralston les yeux bandés à
dos de cheval, pour finalement arriver à destination :
un haut plateau montagneux à plus de 2 000 mètres
d'altitude. Après lui avoir retiré son bandeau,
ils laissent le président de la banque fouiller le
sol. En moins de dix minutes, celui-ci trouve un nombre considérable
de pierres, d'une valeur de plus de 10 000 $. Et
on lui remet son bandeau pour le retour.
Tout excité, William Ralston leur offre 500 000 $
pour leur sac et leur gisement. Les deux compères disparaissent
vite fait sitôt l'argent empoché, mais personne
ne s'en rend compte, la fièvre est aux pierres précieuses.
Ralston embauche un géologue pour lui faire le compte
de ses joyaux. Or il s'est avéré que, l'année
précédente (1871), Arnold et Slack étaient
allés à Amsterdam où ils avaient visité
plusieurs marchands de diamants. Ils recherchaient les pierres
de mauvaise qualité : celles qui étaient
fêlées ou de couleur médiocre. En tout,
ils avaient dépensé 50 000 $ pour
un ramassis de pierres de piètre qualité à
semer en terrain fertile.

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