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Les sous du Révérend Prodigue
Par Claude Marcil

Pour ses paroissiens de la banlieue de Londres Sud, le Révérend Harry Clapham était l'homme le plus aimable du monde. En fait c'était l'un des plus grands filous de tous les temps.

Il était à la tête du plus grand réseau de mendicité mis au point par un seul homme. En 1942, il avait reçu plus de 200 000 £ (deux cent mille livres anglaises de l'époque valent aujourd'hui plus de trois millions de dollars) provenant de campagnes de charité publique. Et il en avait conservé la plus grande part.

À l'âge de 14 ans, le jeune Clapham était garçon d'entrepôt. Il se joignit à l'Armée du Salut pour prêcher la Bonne Nouvelle. À 26 ans, il vint étudier au Collège de Montréal puis à l'université McGill. Après avoir été ordonné, il devint aumônier auprès des bûcherons de la forêt boréale canadienne. Pas facile, il faut bien l'admettre.

Revenu en Angleterre, il fut dans un premier temps vicaire à Wellington, une petite ville du comté de Shropshire, qu'il quitta pour aller à Londres en 1925. Ses traitements étaient de 400 £, somme bien maigre avec une femme et deux enfants à faire vivre, sans compter que la caisse consacrée à la restoration de l'église était plutôt basse. Lors d'une visite à l'hôpital, il assista à l'ouverture d'enveloppes contenant nombre de chèques et mandats postaux destinés à une campagne de financement de l'hôpital. Cela lui donna une idée. Il obtint l'adresse d'une agence où il acheta une liste de noms de personnes contribuant à des organismes charitables.

Il engagea une équipe de bénévoles et se mit en frais d'écrire à ces personnes, leur racontant les affres de la pauvreté de ses paroissiens. Et il reçut plus d'argent qu'il n'avait espéré. Il en consacra 2 % à des oeuvres de charité véritables et le reste se répartissait en 91 comptes de banque, en participation à des sociétés immobilières et en certificats d'épargne. Il acheta aussi neuf maisons.

Maintenant habillé par les meilleurs tailleurs de Londres, il roulait en voiture luxueuse. Plusieurs fois par année, il s'offrait de longues croisières en paquebot de luxe. Quand on lui demandait comment il faisait, il répondait qu'il avait hérité. Il persuada même son frère de se porter acquéreur d'un comptoir postal où il pouvait changer ses mandats sans attirer l'attention.

Mais son train de vie l'a trahi et Scotland Yard s'en est mêlé. La police a été surprise de trouver de nombreux classeurs, des fichiers d'index et des registres de comptabilité. Et il fut prouvé que notre Révérend achetait un million d'enveloppes par année. Il aurait expédié 200 000 demandes d'aide par année pendant 14 ans. Condamné à trois ans de prison, il fut libéré à cause de son état de santé. En voilà un qui avait choisi le paradis avant la fin de ses jours.

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