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L'homme qui a vendu la Tour Eiffel
Par Claude Marcil

Vraiment, il faut le faire. Et plutôt deux fois qu'une ! À des Français en plus, surtout quand on n'est pas français soi-même.

C'est pourtant ce qu'a fait Victor Lustig, aidé de Dan Collins, surnommé « Dapper Dan », un acolyte rencontré à New York, lequel avait la spécialité de séparer en deux portions le « pigeon » et son argent. Le tout se passait dans des hôtels de second ordre, où les chambres se louent à l'heure plutôt qu'à la journée'

Pour sa part, le comte Lustig, comme il aimait bien se faire appeler, avait beaucoup plus de style. Dès son enfance, en Tchécoslovaquie, il maîtrisait déjà superbe­ment cinq langues. Pour sa part, Dapper Dan parlait lui aussi un excellent français, élément capital dans cette affaire. Donc, au printemps 1925, les deux compères s'instal­lent au chic hôtel de Crillon, place de la Concorde. Or, dans les journaux du 8 mai pa­raissait une nouvelle où on expliquait que la Tour Eiffel, à l'origine construction tem­poraire pour l'Expo de 1889, avait besoin d'un sérieux lifting, au point qu'on envisageait de la démonter, ce qui serait moins cher'

Lustig se mit vite à la tâche. Il se fit faire des documents à l'en-tête de l'orga­nisme responsable de la Tour, le ministère des Postes et Télégraphes, puis il se mit à la recherche des plus importantes compagnies récupératrices de métaux ferreux ; il en convoquait les cinq principaux représentants à une réunion confidentielle, en prenant bien soin de souligner que seuls le Président de la République, le Ministre, le sous-mi­nistre (Lustig) et son chef de cabinet (Dapper Dan) étaient au courant de la démarche. C'est soi-disant pour cette raison que le tout se déroulait à l'hôtel de Crillon, loin du Ministère et des regards indiscrets.

Et il leur annonça la nouvelle sur le ton le plus solennel : « Messieurs, le gouvernement devra démolir la Tour Eiffel ! Et vous êtes ici pour soumissionner ! » Il leur fit faire une visite « officielle » de la Tour, avec limousines et tout ! Quelques jours plus tard, le « sous-ministre » se présentait à la demeure de (!), l'un des soumission­naires, pour lui annoncer qu'il avait été choisi. Ce dernier devait se présenter deux jours plus tard à l'hôtel de Crillon avec un chèque visé au montant de la moitié de la soumis­sion, et Lustig poussa l'audace jusqu'à lui demander un pot-de-vin en plus' « Rien de plus normal », renchérit M. Poisson, qui lui remit sans hésiter un substantiel pourboire.

Tout de suite après avoir encaissé le chèque visé, les deux filous prenaient le train pour l'Autriche. Après quelque temps à Vienne, ils revenaient à Paris pour re­commencer leur coup. Par contre, ils n'eurent pas la même chance, cette fois. Le second Monsieur Poisson découvrit vite le pot aux roses et les deux compères durent s'éclipser en bateau pour New York, en vitesse.

 

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