L'événement de la semaine.


Pour tout trouver
sur Internet!


Tous les médias
en un clin d'oeil!


Nos nouvelles brèves
  
  


Notre chronique de
vulgarisation scientifique!



Plus de 1500 questions





Hommage à...
Le monde delon GOLDSTYN
La science ne vous interesse pas?
Dossiers
Promenades




Pour revenir au sommaire de Science pour tous

 

Greffe d'organes d'animaux

L'humain n'est jamais loin de la bête


par Michel Marsolais

 

Pour combler le manque d'organes humains pour les greffes, la médecine se tourne maintenant vers les animaux. La perspective de trimbaler un coeur de porc ou de babouin en fait grogner plusieurs.

 

La greffe, c'est généralement l'ultime recours pour sauver une vie. Mais d'exceptionnelles qu'elles étaient il y a quelques années, les greffes sont devenues si courantes que les listes de patients en attente sont longues et que plusieurs décèdent, faute d'avoir trouvé un organe à temps.

Comme il est délicat d'aller prélever des organes chez des humains non-consentants (et encore vivants), l'idée d'utiliser des organes d'animaux s'est imposée naturellement. L'Homme n'est jamais loin de la bête.

Certains se font évidemment du sang de cochon. L'Angleterre vient d'interdire provisoirement les greffes de coeurs de porcs (on appelle ça des xénotransplantations), par crainte de la transmission d'un virus porcin chez l'humain.

 

Vers des implantations permanentes

Mais déjà plusieurs expériences ont été tentées. A l'Hôpital Royal Victoria de Montréal, en 1994, on a greffé in extremis un foie de porc à une quinquagénaire, le temps de lui trouver un donneur.

L'expérience a aussi été tentée dès 1984 aux États-Unis avec des coeurs de babouins, dans les mêmes circonstances extrêmes. Lors d'une récente réunion de l'Association américaine de cardiologie, on a estimé qu'on sera aussi en mesure de greffer des coeurs de porc sur des humains d'ici quelques mois, toujours sur des bases temporaires.

Des chercheurs de l'Université Duke, en Caroline du Nord, pensent toutefois qu'on pourra bientôt envisager des implantations permanentes d'organes d'animaux.

Des greffes inter-espèces chez des animaux (généralement des coeurs de porcs sur des singes) fonctionnent déjà plus d'un mois.

 

Manipulations génétiques

Mais les greffes d'organes d'animaux sur des humains ont jusqu'à maintenant un sérieux problème: elles ne marchent pas (du moins pas longtemps).

Comme dans toutes les greffes, le problème, c'est le rejet. Et si le corps tolère mal un organe venu d'un autre humain, on imagine que la chose ne s'améliore pas si l'organe étranger vient d'un cochon ou d'un singe.

Les porcs qui deviennent des donneurs d'organes ne sont évidemment pas les mêmes que ceux qui deviennent des jambons ou du bacon .

La science utilise alors des animaux transgéniques, c'est-à-dire des bêtes ayant subi des manipulations génétiques permettant de tromper le système immunitaire du greffé.

Le truc c'est d'implanter un gène humain dans un organe animal. Ce gène supprime par exemple la production des sucres qui permettent au système immunitaire humain d'identifier la chair de porc, identification qui, on le comprendra, créé un "mouvement de panique" dans l'organisme.

 

Greffe de cellules

Il n'y a pas que les organes d'animaux complets qui donnent un peu d'espoir aux patients condamnés. Récemment, on a greffé de la moelle osseuse de babouin à un sidéen californien. La technique n'étant pas au point, le patient est mort, mais les chercheurs pensent persévérer dans cette voie.

On espère aussi greffer des îlots de cellules de porc pour aider par exemple la production d'insuline chez les diabétiques. Pourquoi des babouins et des cochons? Parce que ce sont les êtres vivants qui nous ressemblent le plus. Mais ce que l'homme fait, aucune bête ne le ferait.

 

Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 19 janvier 1997.