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L'amour: une toxicomanie prévisible


par Michel Marsolais

La magie de l'amour ? Foutaise! Tout bonnement une série de réactions chimiques hautement prévisibles. Une chimie aux effets intoxicants.

 

Les poètes et autres artistes malheureux ne sont pas les seuls à s'intéresser aux mystères de l'amour. Les scientifiques examinent depuis longtemps les biomécanismes de l'attirance humaine. Le portrait qu'ils en dégagent est maintenant assez clair : c'est celui d'une... dépendance chimique!

D'abord, avant toute autre région de l'anatomie, c'est entre les deux oreilles que ça se passe. Il s'agit plus particulièrement du système limbique du cerveau, qui est en quelque sorte le siège social de nos plaisirs.

 

Cocktail chimique

Sous le coup d'une rencontre plaisante, ce réseau de neurones situé entre le lobe frontal et le tronc cérébral se met à produire des endorphines, des substances aux effets euphorisants qui rendent les amoureux potentiels gaga de bonheur.

Parmi ces endorphines, notons la phénylétilamine (ou PEA) qui, un peu comme des amphétamines, réduit l'appétit et les besoins en sommeil. Bref, un état physique bien connu des amoureux.

Le grand cocktail chimique se met en branle (si vous me passez l'expression): oxytocine, testostérone et oestrogène s'agitent. Le lien chimique avec la sexualité est si évident qu'un traitement hormonal peut annuler les pulsions sexuelles d'un délinquant. On parle alors de "castration chimique".

 

Une affaire de nez

Les effets euphorisants de ce cocktail chimique sont bien entendu plutôt plaisants et plusieurs chercheurs les associent à un "high" de toxicomane lié à une dépendance.

Cet effet spectaculaire est déclenché notamment par un échange de molécules avec le partenaire potentiel, échange qui précède tous les autres. Nous émettons en effet tous des hormones sexuelles (les phéromones) qui passent en grande partie par le nez.

Avant de rentrer du front, Napoléon (un chaud lapin) écrivait d'ailleurs à Joséphine : "Ne le lave pas, j'arrive." Le rituel du baiser viserait aussi à permettre aux partenaires de humer leurs phéromones. Des recherches ont aussi montré que le fait de respirer des effluves virils régularisait le cycle menstruel chez la femme.

C'est aussi ce qui explique qu'il est difficile de faire l'amour avec un partenaire "qu'on ne peut pas sentir ". Des phéromones incompatibles produisent une répulsion.

 

Un sevrage difficile

Mais au bout d'un certain temps, le cerveau s'habitue aux décharges répétées d'endorphines. Ce n'est alors qu'une question de temps, les amours les plus fous deviennent doucement plus sages.

Celui qu'on appelait trois fois par jour rien que pour entendre sa voix, nous tape sur les nerfs s'il passe deux jours consécutifs à la maison.

Par contre, s'il y a rupture dans la période la plus forte de dépendance, il y a un sevrage brutal qui peut causer une douleur physique véritable, un peu comme le sevrage d'un toxicomane.

L'amour n'est peut-être éternel que lorsqu'il est contrarié. Encore une fois, la biochimie moderne fait miroiter des solutions nouvelles à des problèmes vieux comme le monde. A quand une pilule pour guérir le chagrin d'amour ? Ou mieux encore, une pilule pour rester en amour ?


 

Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 9 février 1997.