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Les maladies infectieuses défient encore la science

Bouillon de culture


par Michel Marsolais

 

L'ère des communications rapides est aussi l'ère des contagions rapides. Un virus africain n'est jamais à plus de 24 heures de M ontréal. Et la science reste impuissante dans bien des cas.

 

L'Homme moderne construit des immeubles de 120 étages, envoie des satellites en orbite et greffe des organes complets sur des malades mais il n'a jamais réussi à maîtriser les plus petits organismes qui soient: les microbes (virus, bactéries et champignons microscopiques).
La science n'a en fait réussi à éliminer qu'une seule maladie infectieuse: la variole. Les autres nous menacent encore. Pire, on en découvre de nouvelles alors que d'autres effectuent un retour.



Hécatombe

De la peste du Moyen-Age qui a tué 20 millions d'Européens à l'influenza (la grippe) qui a anéanti 19 millions de personnes dans le monde en 1918, les épidémies continuent de frapper.
Encore aujourd'hui, la malaria et la rougeole tuent des millions de gens chaque année. Des virus aussi foudroyants que méconnus dont l'Ébola, le hantavirus, le Lassa, le Junin ou la dengue frappent régulièrement, non seulement en Afrique mais aussi en Amérique latine et aux États-Unis.

Au total, près de 22 millions de personnes meurent chaque année de maladies infectieuses causées par des virus ou des bactéries qui déjouent de plus en plus les antibiotiques conventionnels. Chiffre auquel on peut rajouter 5 millions de morts par des cancers associés à des virus.

La destruction des milieux naturels, la surpopulation, la prostitution et le tourisme sont des facteurs importants de propagation des virus qui - grâce à l'avion - peuvent voyager du fonds de la jungle à Montréal en quelques heures.



VIH : rien pour le tiers-monde

Le virus de l'immono-déficience humaine (VIH) est toutefois devenu la priorité de bien des chercheurs de pointe. Le sida toucherait environ 13 millions de personnes et c'est là qu'on trouve le plus d'argent pour la recherche.

Si la trithérapie (AZT, 3TC et inhibiteur de protéase) constitue un progrès remarquable dans le traitement des sidéens des pays industrialisés, les sidéens des pays du tiers-monde (90 % des victimes du sida) continuent de mourir sans ressources.

Les traitements médicamenteux qui vont souvent chercher dans les 15 000 $ par an ne sont d'aucun secours pour les populations pauvres que seul un vaccin pourrait sauver.



Retour de la grippe mortelle

L'animal est le vecteur de bien des maladies infectieuses. On pense ainsi que le VIH pourrait venir de la mutation d'un virus présent chez le singe (mais inoffensif pour lui).

L'influenza est un autre virus mutant qui nous viendrait du canard via le cochon. Cette combinaison peut sembler surprenante, mais la cohabitation homme-canard-cochon est une chose très courante dans toute l'Asie, foyer des grippes les plus foudroyantes.

Les gens ont généralement tort de sous-estimer la grippe, qui tue encore plus de 50 000 personnes par an en Amérique du Nord, et qui pourrait subir bientôt une autre mutation mortelle.

Les spécialistes des maladies infectieuses surveillent d'ailleurs de près l'évolution de l'influenza, qui comme tous les virus, est un parasite qui utilise nos cellules pour se reproduire.
Les chercheurs sont aujourd'hui capables de concocter des vaccins efficaces contre l'influenza, dès qu'ils ont identifié la souche. Le problème, c'est que ce travail prend près de six mois et qu'une souche foudroyante aurait le temps de faire des millions de victimes durant ce laps de temps.


 

Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 16 février 1997.