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Le
virtuel est encore loin de la réalité
par Michel
Marsolais
Un casque
avec visière et une paire de gants branchés
sur un ordinateur peuvent-ils vous amener dans des univers
fictifs ayant la texture de la réalité? C'est
ce que les promoteurs de la réalité virtuelle
promettent depuis des années. Une promesse qu'on
attend toujours.
Mais
le "réalisme" des appareils de réalité
virtuelle est encore trop déficient pour réaliser
tous les fantasmes que fait miroiter cette technologie.
La
réalité virtuelle offre potentiellement l'ultime
expérience interactive en 3-D. Vous voulez voir Bornéo,
avoir une aventure torride avec Sharon Stone ou sauter en
parachute au-dessus des Alpes ? Vous vous mettez votre casque,
bien assis dans votre salon, et vous démarrez le
programme.
L'aspect
ludique de la réalité virtuelle est peut être
le plus alléchant, mais ce n'est qu'une des multiples
applications qui attendent cette technologie avec le développement
d'ordinateurs et de programmes plus puissants.
La
puissance des machines est une condition essentielle pour
produire des images d'une très grande résolution
capable de réagir en temps réel aux moindres
gestes de l'usager.
Simulateurs
En
établissant des paramètres conformes à
la réalité, on arriverait ultimement à
créer des simulateurs qui permettrait à de
test er de nouveaux types d'avions ou de voitures sans poser
le moindre boulons. Ou encore de tenter de nouveaux types
d'intervention chirurgicale.
Certaines
formes de réalité virtuelle (le terme est
souvent galvaudé) sont déjà implantées.
Les systèmes visuels dans les simulateurs de vol
(particulièrement ceux des simulateurs militaires)
reproduisent assez fidèlement et en temps réel
ce que le pilote verrait normalement dans un vrai appareil.
La
firme CAE produit aussi des casques virtuels pour l'entraînement
des pilotes militaires. Mais la qualité de l'image
est encore loin de celle du cinéma et on fait alors
totalement abstraction du volet tactile de la réalité
virtuelle.
Sans
la possibilité de toucher et d'interagir intimement
avec l'environnement fictif créé par le programme,
l'expérience est peut-être virtuelle, mais
elle reste loin de la réalité.
Quelques
appareils plus sophistiqués sont utilisés
par la NASA dans l'entraînement des astronautes mais
encore une fois, on est à des années-lumières
de Star Trek.
Des
thérapeutes américains utilisent toutefois
déjà la réalité virtuelle pour
traiter des phobies dont celle des hauteurs. Le pr ogramme
simule alors un ascenseur vitré d'un gratte-ciel
pour apprendre au patient à contrôler sa peur.
Le
cybermalaise
Autre
pépin : la réalité virtuelle cause
certains effets désagréables, comme le déséquilibre
ou la nausée, des symptômes qui ressemblent
un peu au mal de mer.
Il
y a deux ans, la compagnie Sega avait même reporté
la mise en marché d'un casque à images virtuelles
parce que lors des tests, 40 % des utilisateurs se plaignaient
d'effets secondaires. Les chercheurs de la NASA étudient
aussi le phénomène.
Les
symptômes viennent du fait que les sens entrent en
conflit les uns avec les autres. Après une quinzaine
de minutes d'utilisation, un usager avait voulu boire un
Coke ...et se l'était versé dans l'oeil par
manque de coordination.
Mais
un des problèmes viendrait justement que les systèmes
d'imageries ne seraient pas assez réalistes pour
tromper l'organisme. Lorsqu'on fera des systèmes
plus près de la réalité, des chercheurs
avancent que les effets secondaires s'estomperont. Mais
lorsque le virtuel sera aussi réel que la réalité
qui voudra encore de cette dernière ? Aurons-nous
une nouvelle race de junkies casqués branchés
sur des ordinateurs et des fantasmes ?
Première
parution: Le Journal de Montréal, dimanche 13 avril
1997.
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