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Jean-Michel Cousteau: Grand Bleu et Grand Blanc


par Michel Marsolais


Quand on est le fils du commandant Cousteau, on a davantage besoin de se faire un prénom qu'un nom. Jean-Michel Cousteau a bien l'intention de s'imposer dans l'exploration sous-marine avec sa nouvelle société Deep Ocean Odyssey. A son service : deux sous-marins exceptionnels, les Deep Rovers.

Voir aussi notre page-hommage à Cousteau


Comme son paternel l'avait fait avant lui, Jean-Michel Cousteau explorera le monde du silence armé d'une caméra pour le bénéfice du public (et bien sûr celui de son entreprise).

Mais alors que Jacques-Yves faisait figure de pionnier en matière de tournage sous-marin, Jean-Michel, lui, filme en IMAX et en numérique et produira des contenus interactifs pour distribution sur Internet. Il produira aussi des programmes haute définition pour CineMuse qui seront présentés dans les salles de cinéma de plusieurs musées américains.

Avec plusieurs gros contrats en poche, la nouvelle équipe Cousteau s'est embarquée à bord du Ocean Voyager, successeur moderne de la Calypso.

Autonomes et très mobiles, les deux Deep Rovers -baptisés Jules et Jim- permettront aux plongeurs de descendre à plus de 1000 mètres de profondeur, soit dix fois plus bas qu'un plongeur en scaphandre autonome. Contrairement à d'autres sous-marins d'exploration qui n'ont que de petits hublots, les Deep Rovers offrent une vision panoramique à 360 degrés et sont capables d'explorer 40 % des profondeurs des océans (1% pour les plongeurs).

Les Deep Rovers -conçus en Angleterre- sont équipés pour transformer leurs missions en émissions de télévision haute définition, le format numérique multimédia de l'avenir.


Spectacle ou exploration ?

Le commandant Cousteau était davantage un vulgarisateur qu'un scientifique et les mêmes reproches vont probablement être faits à Jean-Michel par les océanographes "sérieux".

Chez les Cousteau, on a le sens du spectacle et on sait en mettre plein la vue. On ne s'en cache pas : on souhaiterait que la série de films que produira Deep Ocean Odyssey connaissent autant d'impact que les documentaires du commandant Cousteau dans les années 60 et 70.

La première mission de Deep Ocean Odyssey était d'ailleurs de traquer le calmar géant dans une faille près de la Nouvelle-Zélande. On a tenté (sans succès) de débusquer par 2000 mètres de fond un équivalent de l'illustre Kraken, un calmar qui aurait atteint 60 mètres de long.

On avait déjà trouvé au siècle dernier des spécimens pouvant atteindre 16 mètres. Il y a quelques années, des chercheurs avaient aussi noté d'immenses empreintes de ventouses sur des cachalots qui laissaient croire que ceux-ci pouvaient bel et bien atteindre 60 mètres. La preuve se fait attendre.


Les dents de la mer

Nullement démontée, l'équipe Cousteau traque maintenant un autre monstre nettement moins mythique : le grand requin blanc.

Deep Ocean Odyssey espère établir de nouveaux standards en matière de photographies sous-marines en confrontant le prédateur de plus près que tout ce qui a été réalisé jusqu'à maintenant.

"Le grand requin blanc est une des créatures les plus mystérieuses du monde. Nous voulons l'étudier dans son habitat naturel et montrer que ces créatures n'attaquent pas n'importe quoi sans discrimination", explique Jean-Michel Cousteau.

On a d'ailleurs filmé des plongeurs s'approchant sans protection de ces bêtes qui suscitent la terreur chez la plupart d'entre nous.

Le tournage se poursuit actuellement près de Dyer Island, en Afrique du Sud. Ce documentaire devrait être présenté sur les ondes du réseau NBC en janvier prochain (le requin, c'est plus vendeur que le poisson rouge).

Si on critique parfois l'élément "showbizz" des films de Cousteau, il n'empêche que les images ramenées des grandes profondeurs aident à la compréhension de ce milieu hostile.

D'autant plus que les grands projets scientifiques d'exploration sous-marine ont presque tous été arrêtés, éclipsés par la conquête de l'espace.

Alors qu'on comptait environ 75 programmes d'exploration des grands fonds au tournant des années 70, aujourd'hui il ne reste plus guère que le caisson American Aquarius du National Undersea Research Center.

L'héritage Cousteau risque d'être avec nous encore longtemps. Le fils de Jean-Michel, Fabian, s'est lui aussi joint à l'équipe Deep Ocean Odyssey et il participe aux plongées.


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 27 août 2000.