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Des semences qui sèment la confusion


par Michel Marsolais


Les champs bucoliques sont en voie de devenir des champs de bataille. Une bagarre où bien des agriculteurs risquent de se retrouver à la merci de biotechnologies controversées et des grandes entreprises qui en détiennent les brevets.



L'idée des industries biotechnologiques semble simple : rendre les agriculteurs dépendant de leurs semences, année après année. C'est ce qu'on appelle en langage marketing, "fidéliser la clientèle".

C'est ainsi qu'est née la technologie Terminator qui engendrait des semences stériles à partir de la seconde génération. Or, le principe même d'une semence, c'est d'être fertile!

La technologie Terminator a officiellement été abandonnée en 1999 par Monsanto après avoir provoqué un tollé chez les agriculteurs dont elle menacait le gagne-pain.

Monsanto avait acquis cette technologie de la Société Delta & Pine Land (D & PL) qui l'avait développée en collaboration avec le ministère de l'Agriculture des États-Unis. L'argument du développement d'une semence stérile après usage était celui d'empêcher des plants transgéniques de se disséminer dans la nature, un peu comme comme on stérilise un matou avant de le laisser jouer dans la ruelle.


Le génie génétique n'a pas dit son dernier mot

Mais le génie génétique n'a pas dit son dernier mot. Le magazine britannique The Ecologist rapportait que la Fondation internationale pour le progrès rural (RAFI) lancait récemment un autre cri d'alarme concernant une nouvelle technologie baptisée poétiquement "Traitor".

Cette technique serait du même acabit que Terminator mais en plus surnoise, assure The Ecologist.

En effet, avec Terminator, les industriels devaient quand même stocker les semences pour les revendre année après année aux fermiers.

Avec Traitor, les semences seront fertiles mais devront "être mises à jour" en activant ou en désactivant certaines caractéristiques de la plante grâce à des produits chimiques.

Pour l'instant, la technologie Traitor est encore dans les laboratoires de D & PL qui en détient le brevet.


Dépendance dans le champ

On s'inquiète notamment parce que les agriculteurs de certains pays n'ont pas toujours la possibilité de choisir leur fournisseur et peuvent se retrouver à la merci d'une entreprise détenant les produits capables de faire "performer" ou non leur récolte.

Des sociétés comme AstraZeneca ont aussi breveté d'autres procédés inquiétants, dont celui qui oblige des plantes à être exposées constamment à un agent chimique pour assurer leur germination et leur croissance.

"La technologie Traitor est plus insidieuse, car les entreprises vont pouvoir prétendre que le contrôle des caractéristiques de la semence va bénéficier aux agriculteurs. En réalité, cela ne fera que les enchaîner davantage aux grandes entreprises", confiait le Dr Hope Shand, directrice de la recherche à la RAFI au magazine The Ecologist.

L'idée d'utiliser des produits chimiques en fait aussi tiquer plusieurs, puisque l'idée initiale des plantes transgéniques étaient justement de pouvoir se passer de ces produits.

La RAFI prévoit que la majorité des terres arables seront exploitées avec des graines Traitor d'ici 2010 à moins qu'on ne mette un frein à cette technologie.

Vous me direz que ce n'est pas la première fois que les écologistes sonnent l'alarme — souvent de façon exagérée — mais quand le produit final se retrouve dans notre assiette, cela fait un peu réfléchir.



Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 2 juillet 2000.