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Le malheur est dans le pré


par Michel Marsolais


Le moins qu'on puisse dire de la vache folle, c'est qu'elle a produit un effet boeuf en Europe. Après l'Angleterre et la France, ce fut l'an dernier au tour de l'Allemagne d'être frappée. Et c'était avant la fièvre aphteuse anglaise. Entre tout cela et les OGM, et le bétail aux hormones, et la "malbouffe", les nouveaux périls nous viendraient-ils de l'assiette?


On le sait maintenant, la maladie de la vache folle — plus précisement l'encéphalopathie spongiforme bovine — peut provoquer chez l'homme une maladie mortelle: celle de Creudzfelt-Jakob.

Les farines animales (faites avec des résidus d'abattoir) seraient responsables de l'apparition de la maladie chez l'animal.

D'abord détectée chez des patients très agés, on pensait que la période d'incubation de la maladie de Creuzdfelt-Jakob était très longue jusqu'à récemment, où on l'a détecté chez de très jeunes victimes.

Alors qu'en France, les ventes de viande de boeuf ont chuté de moitié, les consommateurs québécois et canadiens semblent peu se préoccuper encore de l'état de santé de leur steak malgré le rapport accablant fait le comité scientifique de la commission européenne sur le travail de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA).

Si la vache folle n'a pas touché le Québec, on en a pourtant déjà rapporté un cas au Canada en 1993. Le gouvernement fédéral avait alors fait abattre l'animal malade plus un troupeau de 400 bêtes venues d'Angleterre.


Hormones hors normes

Et il n'y a pas que l'encéphalopathie spongiforme qui devrait inquiéter. Dans le rapport du comité européen, on indique que l'ACIA a négligé les tests sur les niveaux d'hormones pendant plusieurs mois et qu'en 1998-99 une quinzaine d'échantillons de viande destinés à l'Europe présentaient des résidus d'hormones.

Bref, la détection qui permettrait de s'assurer que les hormones et les antibiotiques ont bien eu le temps de s'éliminer dans l'organisme des animaux destinés à la boucherie ne serait pas très fiable.

L'ACIA a tenté de se défendre ses pratiques, mais tout ça n'est pas rassurant quant on sait que certains antibiotiques courants comme le carbadox seraient cancérigènes, tout comme des hormones de croissance comme l'Estradiol, l'acétate de tenbolone et le Zéranol.

Ces hormones sont introduites grâce à des implants posés dans les oreilles de l'animal. Les implants libèrent leurs doses pendant une centaine de jours et techniquement il ne devrait plus rester de traces de ces produits à l'abattage. C'est du moins la théorie.


Guerre scientifique sur fond commercial

Il faut dire que cette guerre scientifique se déroule sur un fond de guerre commerciale. L'Europe qui interdit l'usage des hormones de croissance et des hormones dans l'élevage bovin a fermé ses portes au boeuf nord-américain, dont celui du Canada.

Du côté américain, on a rétorqué par des mesures comme celle d'interdire l'importation de Roquefort aux États-Unis. Dans les deux cas, des questions d'hygiène sont invoquées.

Ajoutons dans la bagarre, des militants comme l'éleveur français José Bové qui, après avoir saccagé un restaurant McDonald dans son patelin et détruit quelques champs de plants transgéniques mène le combat contre ce qu'il a baptisé la "malbouffe".

Dans le cas de la viande comme dans celui des organismes modifiées génétiquement (maïs et autres céréales), la guerre des études n'a pas fini de faire rage et les consommateurs n'ont que leur méfiance pour se protéger.

Ce n'est pas pour rien que l'agriculture biologique progresse de 25 à 30 % par année. Même au Québec, les 557 fermes certifiées biologiques ont du mal à répondre à la demande.

En Amérique, cette méfiance reste toutefois bien timide alors qu'une majorité de la population semble préférer les bas prix qu'offre une agriculture de masse à des produits de haute qualité.

En Europe, par exemple, les gens soutiennent davantage leurs produits du terroir et consacrent près de 30 % de leur budget à ses nourir alors que ce chiffre n'est que de 11 % pour l'Amérique du Nord.

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Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 11 décembre 2000.