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au sommaire de Science pour tous
L'immortalité n'est pas pour demain
par Michel
Marsolais
Le clonage, les cellules-souches, les anti-oxydants
et autres progrès médicaux font miroiter une
augmentation spectaculaire de l'espérance de vie...
pour les plus riches. Les bien nantis qui espèrent
devenir des centenaires jouant au tennis pourraient bien
être victimes de leurs illusions...
Après avoir augmenté de façon dramatique
au cours du 20e siècle, lespérance de
vie ne devrait pratiquement plus dépasser les 85
ans, affirment maintenant plusieurs scientifiques.
"Les prévisions selon lesquelles lhomme
pourra dorénavant vivre au moins centenaire ne sont
pas réalistes et ne correspondent pas au calcul du
taux de mortalité", affirmait ainsi le Dr S.
Jay Olshansky de lUniversité de lIllinois
à Chicago, lors du récent congrès de
lAssociation américaine pour l'avancement des
sciences (AAAS).
Selon lui, les prédictions d'une vie atteignant
facilement les 120, voire les 150 ans, restent carrément
illusoires.
"Il nexiste aucune potion magique, anti-oxydant,
hormone, produit du génie génétique
ou des biotechnologies, actuellement disponible, qui permette
despérer vivre 120 ans ou plus, comme lont
déclaré certains", explique-t-il.
"Une super-longévité est tout simplement
impossible", de dire aussi Leonard Hayflick, spécialiste
du vieillissement de lUniversité de Californie
à San Francisco qui qualifie les prédictions
d'une vie d'un siècle et demi de "scandaleuses".
Ce dernier estime que même si on éliminait
le cancer, les maladies cardiovasculaires et les accidents
vasculaires cérébraux, laugmentation
de lespérance de vie nexcéderait
pas 15 ans. Ce qui nous laisse encore loin des 150 ans promis!
Les Jeanne Clament cette Française morte
à 122 ans de ce monde serait donc des accidents
de parcours et les annonciateurs d'une nouvelle tendance.
Une affaire de cellule
C'est que toutes les "réparations" imaginables
ne peuvent contrer quelque chose d'inévitable: le
vieillissement de nos cellules, un processus qui ne fait
même pas actuellement l'objet de recherches intensives.
Même si chaque journée est précieuse,
ultimement, on se donne beaucoup de mal pour pas grand chose
avec le perfectionnement de techniques comme les greffes
d'organes d'animaux transgéniques ou "clonés"
à partir d'une cellule du donneur.
Hayflick estime que l'humain atteint son plein potentiel
à 20 ans, histoire d'assurer sa reproduction. Ensuite,
il tient plus ou moins le coup pendant environ cinq décennies.
Bref, un point de vue rabat-joie pour les sociétés
riches à la démographie vieillissante.
Même si une nouvelle enquête menée dans
71 pays indique que les personnes âgées des
pays développés et en développement
considèrent que leur condition s'est améliorée
depuis 10 ans, la situation est dramatique dans les pays
pauvres.Les conditions de vie des personnes âgées
vivant dans les pays peu développés sont pires
que jamais, indique la Fédération internationale
du vieillissement (FIV).
L'organisme international non gouvernemental qui se fait
le défenseur des personnes âgées dans
le monde entier, présentait récemment les
résultats d'une enquête mondiale à laquelle
23 696 personnes ont participé. Des répondants
de régions telles que l'Afrique, l'Amérique
Centrale et du Sud ainsi que l'Océanie ont dépeint
une situation plus pessimiste et ont noté une détérioration
dans certaines régions affectant la qualité
de vie des personnes âgées dans leur pays.
Il semble donc que sur la question de la vie éternelle,
les obsédés de longivité devront plutôt
se tourner vers les églises que les hôpitaux.
Et encore, il faudra mourir avant d'y goûter.
L'obsession de la mort n'a pas fini de nous hanter.
Première parution: Le Journal de Montréal,
dimanche 18 mars 2001.
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