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Des océans où les poubelles remplacent les poissons


par Michel Marsolais

Depuis trop longtemps, l'homme prélève sans compter les poissons de la mer et y déverse ses détritus. Une situation qui constitue une véritable menace de mort à moyen terme pour les océans.


Ce constat n'est pas un nouveau cri d'alarme d'un Greenpeace en campagne de financement mais la conclusion d'un rapport récent de la Commission internationale de la pollution marine (OSPAR), qui regroupe une quinzaine de pays industrialisés de l'Atlantique Nord.

Le rapport évoque les risques alarmants et irréparables pour les mers, principalement le long des côtes de l'Europe de l'Ouest. On évoque même rien de moins que la possibilité d'une disparition de toute vie marine sous l'effet de la pollution et de la surpêche.

Chaque année, la pêche commerciale prélève 80 millions de tonnes de créatures marines diverses dans les mers du globe. Peu de zones échappent au ratissage des filets.

Comme la pêche industrielle ramasse tout sur son passage, on rejette immédiatement par-dessus bord quelque 20 millions de tonnes de poissons indésirables, mammifères marins et oiseaux de mer.


Empathie superficielle

Même le requin, ce champion prédateur, est menacé dans plusieurs régions du globe. Prisés par la gastronomie asiatique, 200 millions d'entre eux sont tués puis rejetés à la mer après s'être fait amputer la nageoire dorsale. Si les bébés phoques (une espèce non menacée) font verser des larmes aux environnementalistes de salon, peu de gens semblent se soucier de la disparition d'une créature à la dentition aussi effrayante que le requin. Notre empathie superficielle envers les bêtes est souvent liée à des questions esthétiques...

Si on pense souvent aux déversements pétroliers comme principales tragédies des écosystèmes marins, ils sont relativement bénins comparativement à l'ampleur des dommages que cause la pêche.

La pollution causée par les accidents maritimes ne constitue d'ailleurs qu'une fraction du problème de contamination.

Les pesticides et autres produits toxiques utilisés dans l'agriculture et l'industrie finissent inévitablement dans les mers et s'accumulent dans les organismes.

Une étude américaine a par exemple conclu que les albatros de l'île de Midway, dans le Pacifique, étaient autant contaminés par les BPC du Mid-West américains que les aigles à tête blanche des Grands Lacs.


Privatiser les océans ?

Un des problèmes des océans, c'est qu'ils n'appartiennent à personne et qu'on y fait n'importe quoi. Bien que les États contrôlent théoriquement une zone côtière de 370 km, dans bien des pays, il est difficile d'exercer une autorité réelle.

L'ampleur du pillage est énorme. Une étude du International Centre for Living Aquatic Ressources Management, à Manille, calcule que les humains prélèvent jusqu'à 35 % de la production marine des zones les plus riches.

Le magazine The Economist suggère qu'il est temps de changer nos manières de faire de faire pour exploiter la mer comme nous le faisons avec la terre: avec des propriétaires et des lois.

Des contrôles plus serrés s'imposeraient aussi pour l'aquaculture (élevage des poissons) où on retrouve beaucoup de pratiques douteuses. Les aquaculteurs raclent souvent les fonds environnement pour nourrir leurs poissons ou crevettes d'élevage. Les maladies et la pollution limitent souvent la vie d'une exploitation à une dizaine d'années et il y a toujours le risque qu'un poisson d'élevage s'échappe et aille contaminer d'autres espèces en mer.

Si le problème est concret, les solutions ne le sont pas. Les trois quarts de la population mondiale vivent à moins de 80 kilomètres d'une côte et la pêche emploie à travers le monde près de 200 millions de personnes. Même mal faite, l'exploitation de la mer reste encore très payante.

Mais si rien n'est fait, l'ampleur du drame risque d'être grand comme un océan.



Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 5 novembre 2000.