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L'amiante: fibre nationaliste

 

Quand la France a décidé de bannir l'amiante en décembre dernier, la fibre nationaliste québécoise n'a fait qu'un tour. Principal exportateur mondial d'amiante, le Québec estime que la décision française ne se justifie pas au plan scientifique.


Parler de l'amiante à un Français, c'est comme parler de Salman Rushdie à un Ayatollah iranien. C'est un sujet où les préjugés l 'emportent vite sur la raison.

Il est vrai que l'amiante, ce n'est vraiment pas ce qu'on peut inhaler de mieux pour sa santé. Mais toutes les fibres n'étant pas pareilles, il y a amiante et amiante. Comme le porno, il y a du soft et du hard.

Le soft, c'est la chrysotile, unique fibre produite par les mines du Québec. Ensuite, il y a les amphiboles, des fibres droites qui se logent dans les poumons comme des aiguilles et qui restent virtuellement indélogeables.

Les amphiboles se divisent elles-mêmes en deux catégories : la crocidolite (ou amiante bleu) et l'amosite (ou amiante brun). Les amphiboles sont beaucoup plus cancérigènes que la chrysotile et on les a associés largement au cancer du poumon et de la plèvre pulmonaire.

Les amphiboles, des fibres bon marché produites par l'Afrique et la Russie, ont été largement employées en France dans bon nombr e d'édifices publics et privés.

Le problème des études françaises qui ont mené au bannissement, c'est qu'elles mélangent allégrement les amphiboles et la chrysotile, pourtant moins toxique.

"Chez les travailleurs uniquement exposés à la chrysotile, on ne constate pas d'augmentation du cancer du poumon", soutient ainsi André Dufresne, chercheur à l'Université McGill.

 

Amiantose


La chrysotile, ce n'est quand même pas des vitamines. Les vieux travailleurs de la région d'Asbestos se rappellent douloureusement l'amiantose, une maladie imputable à l'amiante et qui causait le durcissement des parois pulmonaires.

Mais il faut se rappeler que les conditions de travail étaient dans les années 50 à ce point insalubres que toute la région minière se trouvait couverte sous un nuage de poussière de chrysotile.

Dans les mines, le taux d'empoussièrement atteignait 300 000 fibres par litre d'air. A Asbestos et Thetford, ce taux pouvait atteindre 5000 particules par litre. Une bonne proportion des mineurs fumait, ce qui n'arrangeait pas les choses.

Même si la dose précise d'amiante à partir de laquelle l'exposition devient nocive reste inconnue, on s'entend généralement pour dire qu'une fibre par centimètre cube d'air ne représente pas de danger. C'est la norme utilisée au Québec depuis 12 ans.

 

Alternatives dangereuses


Évidemment dans toute cette histoire, le Québec prêche pour sa paroisse. Au-delà des débats sur la bio-résistance des différentes fibres d'amiante, se pose la question des matériaux se substitution. C'est bien beau d'éliminer l'amiante, mais avec quoi la remplacera-t-on ?

Des études révèlent que la fibre de verre, la fibre de céramique pourraient se montrer encore plus cancérigène que l'amiante. La laine minérale est aussi associée à des cancers du poumon, de la trachée et des bronches chez les travailleurs de production.

La fibre aramide a quant à elle provoqué des tumeurs chez des rats de laboratoire.

Mais dans des guerres commerciales menées davantage par les lobby que par la science, le Québec risque malgré tout de se retrouver isolé... à l'amiante.

 

Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 27 juillet1997.

 

 

 

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