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La folie de la pleine Lune


par Michel Marsolais


Chez mes collègues de la rédaction, les soirs de pleine Lune sont toujours abordés avec appréhension. Avec l'assurance de vieux fermiers prédisant la pluie avec leurs rhumatismes, journalistes et chefs de pupitre prédisent ces soirs-là un déferlement de crimes, de signalements d'OVNI et d'appels de "lunatiques".



Cette croyance n'est pas propre aux journalistes. Policiers et ambulanciers sont aussi largement convaincus qu'il se passe quelque chose les soirs de pleine Lune, qui augmente le nombre de leurs interventions.

En fait, la croyance est tellement répandue que de nombreuses études scientifiques ont été menées sur le sujet. Elles n'ont jamais démontré grand chose... à part la vigueur de cette folklorique légende.

En 1982, une étude américaine avait pourtant effectivement relevé un nombre supérieur d'accidents et de violations du code de la route durant les soirs de pleine Lune. L'étude devait pourtant être mise en pièces par d'autres scientifiques puisque durant la période examinée par les chercheurs, les soirs de pleine Lune étaient presque toujours tombés les week-end, là où il y a toujours plus d'accidents.

D'autres études ont parfois démontré une légère hausse de meurtres ces soirs-là, mais encore une fois, leur méthodologie restait trop douteuse pour tirer de vraies conclusions.

En 1985, une étude (Rotton et Kelly) a même fait une analyse de 37 études sur le supposé "effet lunaire" sur le comportement humain (crimes, suicides, admissions en psychiatrie, etc.). Résultat : une variation de l'ordre de 3 centième de 1 %. Un chiffre plutôt insignifiant, trop insignifiant en fait pour indiquer la moindre variation tangible.

Le contraire aurait été étonnant. La plupart des gens qui pensent que ce phénomène altère le comportement humain justifient ce fait en soulignant que la Lune provoque bien les marées et que notre corps est composé à 80 % d'eau.

Or, c'est faire abstraction de l'échelle des choses. La Lune n'exerce une attraction que sur les océans et les très grandes masses d 'eau. Il n'y a pas plus de marée humaine que de marée dans les piscines.

Un autobus qui passe devant vous exerce des millions de fois plus de force d'attraction que la Lune ou n'importe planète. Et si la force d'attraction était en cause, il faudrait d'avantage se méfier des soirs sans Lune, puisque ces soirs-là, le Soleil est derrière la Lune et augmente donc sa force d'attraction.

Alors comment expliquer la persistance du mythe ? Peut-être simplement que lorsque la bêtise frappe les soirs de Lune, on le remarque davantage.


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 9 novembre 1997.

 

 

 

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