Des porcheries pour faire pousser des organes humains
par Michel Marsolais
Alors que les pénuries d'organes à greffer s'accentuent, les
spécialistes examinent toujours la possibilité d'utiliser
des organes de porcs pour solutionner le problème. Ces organes pourraient
même être "cultivés" dans des fermes spéciales.
Réunis récemment en congrès à Genève,
les spécialistes de l'Organisation mondiale de la santé ont
évoqué la venue prochaine de fermes animales où seront
élevés des porcs génétiquement modifiés,
capables de donner leur coeur, leur foie et leurs reins aux humains.
Greffer des organes d'animaux reste un gros problème technique
tout autant que éthique. Mais comme dit la chanson, "tout le
monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir". Entre le trépas
et le coeur de cochon, beaucoup n'hésiteraient pas s'ils avaient
le choix.
"Il est clair que les organes humains ne résoudront jamais
la disette d'organe pour la transplantation. Les organes seront vendus et
achetés comme n'importe quelle marchandise", pense la spécialiste
britannique Rachel Bartlett.
Rien qu'aux États-Unis, le potentiel de greffes d'organes est
de 40 000 par an alors qu'on en réalise à peine 2000, faute
d'organes.
Une trentaine de xénogreffes (greffes d'organes d'animaux) ont
été tentées depuis 1963, mais toutes ont échoué.
Selon une compilation de l'Université de Pittsburgh, la durée
de survie des patients a été de quelques heures à neuf
fois.
Évidemment, on ne greffe pas les organes de cochons ordinaires.
Il s'agit d'animaux sur lesquels on greffe des gènes humains (c'est
pour ça que ça s'appelle transgénique) pour déjouer
le système immunitaire et éviter le rejet.
Les firmes Imutran (Grande-Bretagne) et Nextran (États-Unis) produisent
déjà des porcs transgéniques à cette fin.
Malade comme un cochon
L'homme ressemble beaucoup au cochon (demandez à votre blonde)
mais les deux ne sont pas toujours victimes des mêmes maladies. Un
des grands problèmes des xénogreffes consiste à éviter
de transmettre des maladies porcines aux humains.
C'est pourquoi on souhaite élever les porcs modifiés génétiquement
dans l'environnement stérile et contrôlé de porcheries
spéciales.
Mais c'est une bataille qui est loin d'être gagnée. Les
efforts pour produire des porcs exempts de virus capables d'infecter semblent
pour l'instant dans un cul-de-sac.
La découverte, il y a quelques mois, de deux rétrovirus
de porc potentiellement transmissibles aux humains, fait craindre le pire.
Deux instituts de recherche britanniques suggèrent déjà
que l'élevage de porcs transgéniques sans virus est pratiquement
impossible.
De quoi se faire du sang de cochon...
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 30
novembre 1997.
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