Les éponges du petit écran
par Michel Marsolais
A l'âge de 65 ans, nous aurons passé environ neuf années
de notre vie devant le téléviseur. Souvent blâmée
pour son contenu violent ou insipide, la télévision -et par
extension la culture du zapping- aurait aussi un effet dévastateur
sur la réussite scolaire.
Une étude du département d'État de Californie portant
sur 250 000 étudiants a déjà mis en évidence
que le temps de visionnement de la télévision est inversement
proportionnel à la performance scolaire dans des matière incluant
la lecture, la grammaire, les sciences et les mathématiques.
La baisse de performance scolaire devient significative à partir
d'une heure et demie d'écoute quotidienne et se détériore
jusqu 'à 30 % pour ceux qui se tape jusqu'à cinq heures de
télé par jour.
D'autres études en Allemagne et en Afrique du Sud sont arrivés
à des conclusions similaires. Le problème de la télé
n'est pas que son contenu. Parce qu'elle favorise la discontinuité
de l'attention, elle réduit la capacité de concentration des
enfants à de courtes périodes. Quiconque a déjà
écouté Télétoon, se rend compte qu'on saute
du coq à l'âne aux trois minutes au détriment de toute
continuité logique. Élevé aux vidéos clips,
l'élève qui arrive devant un cour magistral d'une heure, tombe
littéralement sur une autre culture, voire une autre planète
!
Les défenseurs de la télé vantent la qualité
des émissions éducatives mais un coup au palmarès des
BBM ramène à un triste réalité. Peut-on créer
une nouvelle génération de cerveaux avec des reprises de la
P'tite vie et des Machos ?
A l'hôpital
La télé a aussi des effets pour le moins troublants sur notre
cerveau. En décembre dernier au Japon, 700 jeunes entre 3 et 20 ans
ont été frappés de convulsions allant jusqu'aux vomissements
lors de la diffusion de Pocket Monster, un dessin animé inspiré
d'un jeu Nintendo qui bombarde le téléspectateur de flashs
de lumière bleue. Plus de 200 personnes ont été hospitalisées
pour ce qui avai t tous les symptômes d'une crise d'épilepsie.
La télévision est bien sûr là pour rester.
Des psychologues affirment d'ailleurs qu'elle peut avoir un effet positif
pour les en fants ayant un cadre familial bien structuré. Mais à
l'inverse, les effets sont très négatifs pour les enfants
de milieu plus défavorisé au plan économique et culturel.
La télé, ce n'est pas une gardienne!
8000 meurtres avant 12 ans
Et puis il y a la question du contenu. On connaît les chiffres: un
enfant qui écoute trois heures de télé par jour aura
vu 8000 meurtres et 100 000 actes violents à l'âge de 12 ans.
La "morale" derrière ces actes violents fait aussi réfléchir.
Une étude de Mediascope réalisée en 1995 rapporte que
73% des actes violents au petit écran ne sont pas punis et qu'ils
sont commis indifféremment par les héros ou les vilains de
l'émission.
Bon, là dessus il faut que je vous laisse, c'est l'heure de mon
émission préférée...
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 31
mai 1998.
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