Baiser, boire et manger gras, c'est bon pour la santé
!
par Michel Marsolais
Vous vivez chastement en avalant votre luzerne et votre eau minérale
dans l'espoir de vivre plus vieux? Voilà que des chercheurs avancent
que le sexe, l'alcool et la nourriture grasse nous aideraient au contraire
à vivre plus longtemps en évitant les maladies cardiaques.
Un éditorial du British Medical Journal reconnaissait récemment
l'embarras des médecins à faire la promotion de la baise,
de l'alcool et du gras comme thérapies préventives à
l'encontre du discours des dernières années. Pourtant, certains
faits parlent.
Ainsi, les chercheurs de l'Université Bristol, en Angleterre,
ont suivi pendant 10 ans l'activité sexuelle d'un groupe de 918 hommes,
âgés entre 45 et 59 ans.
Durant l'étude, 150 de ces hommes sont morts, dont 67 de maladies
cardiaques. Une analyse statistique a permis de constater que les risques
de décès étaient deux fois moins grand chez les hommes
avec des orgasmes réguliers (deux par semaine) que chez ceux qui
n'avaient pratiquement pas d'activité sexuelle.
Celle-ci serait aussi bénéfique au coeur que le jogging,
tout en réduisant davantage le stress.
Prendre un p'tit coup
Même chose pour l'alcool. En 1971, une équipe du Howard University
Hospital, à Washington, a entrepris une longue étude sur 3000
personnes dans le but de prouver le lien entre l'alcool et une dégénérescence
de l'oeil menant à la cécité.
Lorsqu'est venu le moment de faire l'analyse, on a constaté que
l'alcool -surtout le vin- protégeait au contraire l'oeil et que les
personnes buvant beaucoup réduisaient de 20 % leurs chances de dégénérescence.
D'autres études ont aussi prouvé qu'un peu d'alcool prévenait
les crises cardiaques en prévenant la formation de caillot dans le
sang.
Un peu de gras s.v.p.
Des chercheurs japonais ont déjà démontré le
rôle protecteur du gras dans la prévention des maladies cardiaques,
mais ce genre d' étude n'avait jamais été fait jusqu'à
récemment en Amérique du Nord, paradis des obèses.
L'étude du Harvard Medical School, de Boston, semble aussi étonnamment
conclure à une certaine protection offerte par les gras saturés
(viande, produits laitiers) ou monosaturés (huile d'olive ou de canola)
et polyinsaturés (poisson).
Dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) de
décembre 97, ces chercheurs rapportent que chaque augmentation de
3 % de gras dans la diète correspond à une diminution de 15
% du risque d'infarctus.
Mais si l'hédonisme est si bon, pourquoi un tel silence des intervenants
en santé? Parce qu'on craint que le public ne tombe dans des excès
néfastes. L'alcool est bon pour l'organisme, mais pas l'alcoolisme.
Le sexe est bon aussi mais on ne veut pas envoyer de message qui contredirait
les campagnes de prévention du sida. Et si les nourritures riches
en graisse ont des avantages, on ne veut pas que les gens mangent des Big
Mac trois fois par jour.
Comme souvent, l'État nous ment pour notre bien...
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 24
mai 1998.
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