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Le train qui vole


par Michel Marsolais


Alors que le Canada tergiverse toujours avec le projet d'un train à grande vitesse (TGV) dans le corridor Québec-Windsor, les Japonais filent bon train dans le transport rapide. Leur Maglev file maintenant 550 km à l'heure... sans toucher aux rails. Un train d 'enfer !

 

Bien qu'il soit sur les planches à dessins des ingénieurs depuis 1962, le train à lévitation magnétique Maglev n'a toujours pas transporté de passagers sur une base commerciale entre Tokyo et Osaka, comme le veut son objectif. Mais la lumière est au bout du tunnel.

La lévitation magnétique utilise le principe des aimants inversés pour permettre au train de flotter au dessus d'un rail en forme de boîtier.

Pour permettre au Maglev de flotter à 10 cm au-dessus du rail, les Japonais utilisent la supraconduction pour créer des champs magnétiques 12 fois plus intenses que ceux des électroaimants conventionnels.

Outre son côté spectaculaire, la lévitation magnétique présente plusieurs avantages. D'abord, le Maglev est beaucoup plus silencieux que les trains sur rail comme le TGV français ou le Shinkansen japonais, qui dégagent entre 70 et 80 décibels.

Le Maglev est aussi beaucoup plus rapide. Pour rester sécuritaires, les trains sur rail conventionnels sont limités à une vitesse d'environ 300 km/heure. Dès 1979, un prototype du Maglev franchissait les 500 km/h et en décembre 97, le train filait sans problèmes à 550 km/h sur la ligne expérimentale entre Otsuki et Tsuru.

 

Filer au dessus des problèmes


Les Japonais ont aussi été séduits par l'idée qu'un train à lévitation magnétique serait plus sécuritaire en cas de tremblement de terre. C'est d'ailleurs par hantise des séismes que les Japonais insistent pour faire flotter leur Maglev à 10 cm au dessus du sol, malgré le défi technique que cela entraîne.

Les Allemands, qui travaillent aussi à un train à lévitation, se contentent d'une élévation de 2 cm produite par des électroaimants classiques.

L'alimentation électrique et le freinage constituent encore les points faibles du Maglev pour sa commercialisation, mais la mise au point progresse.

L'alimentation électrique est cruciale pour maintenir la vitesse et le train doit filer à plus de 100 km/h pour atteindre la lévitation. On a donc dû prévoir des roues munies de pneus d'avion pour les arrivées en gare.

Les Japonais ont déjà investi plus de 13 milliards de dollars dans le Maglev et, crise économique ou pas, ce n'est pas un projet qu'on songe à abandonner. Une fois en place, le train volant devrait transporter 10 000 passagers à l'heure dans chaque direction.

En raison de l'achalandage de la ligne Osaka-Tokyo (112 000 passagers par jour), le succès du Maglev est pratiquement assuré de décoller.


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 5 juillet 1998.

 

 

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