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Aimer pour vivre plus longtemps


par Michel Marsolais


Changer les couches de sa progéniture, lui donner le bain, lui raconter des histoires, l'aider à faire des devoirs, devraient plutôt "user biologiquement" le parent qui écope de la majorité de ces tâches. Voilà que des chercheurs suggèrent, au contraire, que le fait de prendre soin de ses enfants prolongerait la durée de vie.

 

Même les "nouveaux" pères doivent reconnaître qu'ils passent moins de temps avec leur progéniture que la mère. Or, en Amérique du Nord l'écart entre l'espérance de vie des hommes et celle des femmes reste de six ans en faveur des femmes (73 ans vs 79).

Un hasard conditionné par une foule d'éléments, direz-vous. Peut-être. Mais une récente étude publiée dans Proceedings of th e National Academy of Science montre une relation troublante chez les primates entre le fait de s'occuper des enfants et la longévité.

Précisons que l'étude du California Institute s'est attardée aux primates parce qu'ils ont moins d'enfants et s'en occupent sur des périodes assez longues (il est déjà démontré que les espèces qui produisent de très grandes quantités d'enfants, meurent jeune).

Voici trois modèles qui donnent à réfléchir:


Le chimpanzé : un père absent

Chez les chimpanzés, la tâche d'élever les petits revient entièrement à la mère, les mâles de l'espèce ne prêtant à peu près aucune attention aux jeunes.

Il faut dire que les femelles chimpanzés sont très volages et ont des rapports sexuels avec à peu près tous les mâles du groupe. Si bien que ces derniers sont incapables de dire quels rejetons sont les leurs. Résultat: les femelles chimpanzés vivent 40 % plus vieille que les mâles.


Bon papa gorille

Le gorille est un animal plus sérieux que son pitre de cousin, le chimpanzé. Le gorille mâle noue des relations durables avec certaines femelles et semblent relativement confiant de sa paternité. Le mâle et la femelle jouent régulièrement avec leur rejeton et le protègent jalousement contre d'éventuels dangers.

Résultat: l'écart de longévité entre les deux sexes n'est que de 12 % en faveur de la femelle. Un écart, somme toute assez proche de celui des humains.


Pères exemplaires

Chez certains singes, c'est le mâle qui prodigue le gros des soins parentaux. Le singe hibou et le titi sont deux exemples de pères roses. Soulignons que chez ces espèces, la complicité entre le mâle et la femelle est très grande. Les mâles sont donc assurés d'avoir bien affaire à leurs propres rejetons.

Les bébés de ces deux espèces passent leur jeunesse accrochés aux poils du dos de leur père alors que ce dernier gambade dans les arbres. Les bébés ne sont transférés à la mère qu'au moment de l'allaitement.

Si, par accident, le père mourait, la mère refuserait de prendre l'enfant sur elle et préférerait le laisser mourir. On pourrait croire que ce surplus de travail finirait par avoir raison du pauvre titi mâle. Eh bien, surprise, le mâle titi - comme le singe hibou - vit 20 % plus longtemps que la femelle.

Les raisons de tout ceci restent encore bien mystérieuses pour les chercheurs. Les hommes doivent-ils se ruer vers les sacs de couches à la moindre odeur suspecte dans l'espoir de gagner quelques années ?

Chose sûre, chez les mammifères, à peine 1 % des mâles s'occupent des enfants. Les femelles sont destinées à vivre plus vieilles pour encore longtemps...


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 19 juillet 1998.

 

 

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