Les nouveaux analphabètes
par Michel Marsolais
Non contente de produire des diplômés incapables d'écrire
correctement en français, l'école québécoise
semble mettre tout en oeuvre pour produire une nouvelle génération
de cancres dans les secteurs où vont se créer les emplois:
la science et la technologie.
Tout le monde s'entend pour dire que la science et la technologie seront
les mamelles de l'emploi dans le futur. Que fait l'école québécoise
? Et bien, évidemment, elle coupe les heures d'enseignement des sciences!
Dans l'énoncé politique "L'école, tout un programme",
la ministre Pauline Marois propose une réduction du temps d'enseignement
des sciences de 47 % au primaire et de 27 % au primaire.
En clair, cela veux dire qu'au secondaire on passera de 550 heures d'enseignement
à 400 alors qu'au primaire, l'enseignement des sciences se résumera
à une heure par semaine. Tout un programme!
Quant on connaît les problèmes de l'école québécoise
où les mathématiques sont souvent enseignées par le
prof de gymnastique et le cours d'anglais donné par un francophone
unilingue, on se demande ce que vaudra la qualité de cette nouvelle
formation en science .
Après avoir produit des diplômés incapables d'écrire
une lettre sans faute, nous en produirons qui seront incapables de dire
si c'est la Terre qui tourne autour du Soleil ou l'inverse.
Inutiles de dire que les professeurs de science, bousculés par
les fonctionnaires technocrates du ministère de l'Éducation,
ont le moral plutôt bas ces jours-ci.
L'Association des professeurs de sciences du Québec réclame
d'ailleurs différentes mesures dont deux heures d'enseignement des
sciences hebdomadaires durant tout le primaire, des programmes de formation
des enseignants au secondaire et la participation de ceux-ci dans l'élaboration
des nouveaux programmes.
Mais Québec fait la sourde oreille et semble vouloir poursuivre
cette grande tradition de chez nous qui consiste à se tirer dans
les pieds par manque de vision et à donner des coups de barre à
l'aveuglette dans l'éducation tous les 20 ans.
La pensée magique Internet
Étrangement, le nouvel énoncé politique du gouvernement
du Québec en matière d'enseignement des sciences n'évoque
nullement l'initiation à l'informatique.
Pourtant, les politiciens de tout acabit saupoudrent leur discours de
références à l'autoroute de l'information et Internet
semble être devenu la panacée à tous les problèmes
d'éducation. Pourquoi enseigner une matière puisqu'on la retrouve
sur Internet ? La ministre Louise Beaudoin ne se gène pas d'ailleurs
pour financer les projets les plus saugrenus avec son fonds de l'autoroute
de l'information.
Pour compléter le décor, les universités souffrent
de sous-financement et le gouvernement fédéral se retire cette
année de son programme de soutien à la culture scientifique
(Science et Cultures Canada). Des organismes québécois comme
le Conseil de développement du loisir scientifique (qui organise
les Expo-Sciences) et la Société
pour la promotion de la science et de la technologie (qui organise la
Quinzaine des Sciences) se voient menacés de disparaître, faute
de financement.
Les gouvernements, qui ne semblent jamais manquer d'argent pour les projets
d'infrastructure douteux ou pour prêter de l'argent sans intérêt
aux GM et au Paccar de ce monde, deviennent soudainement radins lorsqu'il
s'agit de culture scientifique, à moins que l 'éducation ne
serve à des fins partisanes comme les Bourses du millénaire.
Contrairement aux scandales en santé, qui défraient la
manchette tous les jours, ceux en éducation couvent lentement en
attendant d'éclater...
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 21
juin 1998.
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