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Ozone de guerre


par Michel Marsolais


Certains ont pu croire que le Protocole de Montréal, signé en 1987 par 140 pays, allait mettre la couche d'ozone à l'abri des agressions. Il n'en est rien. Non seulement plusieurs pays n'arriveront pas à se conformer aux exigences du protocole mais plusieurs produits alternatifs aux CFC continuent d'attaquer notre protection naturelle aux rayons ultraviolets du Soleil.

 

Les amendements apportés en 1992 au Protocole de Montréal ont mis fin à l'utilisation des CFC dans les pays industrialisés depuis 1996 alors que les pays en développement ont jusqu'en 2010 pour trouver des alternatives.

Mais même les substituts actuels aux chlorofluorocarbones (CFC), utilisés principalement dans la réfrigération, ne sont pas inoffensifs pour la couche d'ozone. "Le substitut idéal aux CFC n'a pas encore été trouvé", admet Alain Gosselin, chef des enjeux atmosphériques et substances toxiques à Environnement Canada.

 

Chlore le débat

Depuis maintenant plusieurs années, l'industrie s'est tournée vers les HCFC (hydrochlorofluoracrbones), une version "légère" des CFC. Moins agressants que leurs cousins, les HCFC n'en contiennent pas moins des atomes de chlore qui vont s'accrocher à un atome d'oxygène de la molécule d'ozone et la détruire.

Et alors que les CFC sont interdits depuis deux ans, les HCFC seront parmi nous au moins jusqu'en 2020. D'autres produits plus inoffensifs, les HFC (hydrofluorocarbones) commencent à être introduits dans certains produits comme des climatiseurs de voiture et des réfrigérateurs mais restent loin d'être parfaits.

Les HFC sont en effet identifiés comme un des principaux gaz à effet de serre. Faudra-t-il bientôt choisir entre le réchauffement de la planète et l'amincissement de la couche d'ozone? Entre les inondations et le cancer?

Pour l'instant la recherche se poursuit sur des produits réfrigérants qui n'utiliseraient que des gaz inertes ou encore des gels qui ne s'évaporeront pas dans l'atmosphère.

On trouve aussi des initiatives locales. IFI, une firme d'Anjou, a ainsi développé pour le marché chinois un frigo "vert" qui utilise la thermoélectricité.

 

Encore le trou

Si les gros producteurs de CFC, comme Dupont, ont pu faire la transition vers les HCFC sans bougonner c'est qu'ils n'avaient pas à changer de bout en bout leurs installations, ni leur réseau de distribution. Il en sera probablement autrement s'ils doivent adopter des technologies entièrement nouvelles dans une période de grands chambardements économiques.

Les CFC et leurs substituts ne sont pas, en outre, les seuls produits en cause. Le bromure de méthyle, utilisé en agriculture, reste largement employé même si son facteur de destruction de l'ozone est 50 fois plus grand que les CFC. Les pays en développement prévoient le gel de la production du bromure de méthyle en 2002.

Il faut ajouter qu'il n'existe au Canada aucun endroit pour détruire les CFC et que ceux-ci sont simplement recyclés. D'ailleurs, on estime que même si parvenait à éliminer totalement les CFC dès aujourd'hui, leur présence se ferait sentir jusqu'en 2050. Même les optimistes admettent que le trou dans la couche d'ozone sera encore parmi nous pour un siècle.


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 13 septembre 1998.

 

 

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