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Pas toujours drôle, la vie d'astronaute


par Michel Marsolais


Associée à l'aventure, voire à l'héroïsme, peu de professions sont aussi prestigieuses que celle d'astronaute. Pourtant, dans le quotidien, la vie d'un astronaute comporte son lot de routine et d'humiliations.

 

C'est que, pendant de longues années, le travail de l'astronaute ne consiste pas à aller dans l'espace... mais à s'y préparer. Pour ce faire, il doit répéter des tâches monotones qui n'auraient sans doute rien de glorieux si elles étaient accomplies ailleurs qu'en orbite.

Les astronautes passent plus de temps sous l'eau que dans l'espace. C'est que pour simuler les conditions d'apesanteur de l'espace, la NASA a construit une immense piscine contenant 6,2 millions de gallons d'eau, au Johnson Space Center de Houston.

La piscine -baptisée le NBL (Neutral Buoyancy Laboratory)- est la "salle d'exercice" où les astronautes apprennent à assembler les quelques 100 modules qui formeront la nouvelle station spatiale internationale.

La NASA estime qu'il faudra environ 1100 heures de travail en apesanteur pour effectuer l'assemblage de ce lego de l'espace. L'assemblage de la station nécessitera deux fois plus de sorties dans l'espace que tout ce qui a été réalisé à ce jour par la NASA.

 

Jamais sans ma couche

Si vous habiller pour affronter l'hiver vous semble pénible, imaginez ce que peut représenter s'habiller pour aller travailler dans l'espace. Non seulement s'agit-il d'enfiler un costume de 120 kg (et d'une valeur de 10 millions $ US!) mais chaque élément de la combinaison doit être mis dans l'ordre et avec précaution. Rien que de mettre les pantalons nécessite deux assistants.

Une fois la combinaison revêtue, vous imaginez qu'on ne va pas l'enlever pour la pause-pipi. L'astronaute la gardera pour toute la durée de son quart de travail dans l'espace... ou dans la piscine.

Une tube d'eau dans son casque lui permet de boire et un bâtonnet de nourriture placé sur le côté lui permet de manger. Technique pas encore au point puisque le bâtonnet se retrouve souvent collé dans la visière comme une grosse chique de gomme.

Comme retirer les culottes de la combinaison peut prendre jusqu'à 45 minutes, on a du trouver une solution au problème des besoins naturels: le Maximum Absorbency Garment, ou plus simplement une super-couche pour adulte.

 

En route pour le vomitorium

La piscine ne simule que jusqu'à un certain point les conditions de l'espace. Dans une piscine, les astronautes ont beau flotter, leur circulation sanguine ne se fait pas comme dans l'espace où il n'y a ni haut, ni bas.

On doit donc leur faire goûter au véritable "zéro gravité". Et pour cela, rien de tel qu'un vol à bord du KC-135, surnommé the Vomit Comet. Cet avion, qui monte et descend en flèche, n'arrive à reproduire l'apesanteur que pour des périodes de 25 à 30 secondes. Périodes néanmoins suffisantes à certains pour voir remonter à la surface les restes de leurs repas des 24 dernières heures.

En préparation des catastrophes possibles, les astronautes doivent aussi subir un entraînement physique rigoureux, sauter en parachute, se perdre dans le bois et côtoyer des journalistes ignorants.

Et on dira après que les astronautes n'ont pas l'étoffe des héros...


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 11 octobre 1998.

 

 

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