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Coeur solitaire dans un sarrau blanc


par Michel Marsolais


Vous travaillez dans le secteur de la recherche mais quand vient le temps de chercher l'âme soeur, vos théories ne passent pas la rampe. Soyons honnête: ce n'est pas facile d'emballer une fille dans une discothèque en lui parlant du nombre de megs de votre ordinateur, de votre problème de maths ou de la culture bactériologique que vous avez réussie aujourd'hui.

 

Les scientifiques se plaignent parfois que les seuls chiffres auxquels s'intéressent leurs ami(e)s de coeur sont ceux de leur chèque de paie. Dur pour l'égo! De quoi retourner passer Noël sur Internet!

Mais le travail des scientifiques est (en partie) de trouver une solution aux problèmes (l'autre étant de créer de nouveaux problèmes). Ils se sont donc attaqués à la chose. Leur dernière trouvaille : le réseau Science Connection (http://www.sciconnect.com/). Il s'agit d'un genre de "Télématch" pour gros quotients intellectuels.

 

Pétard avec PhD

Surprise : on n'y trouve pas que des "nerds" aux poches pleines de crayons et beaucoup d'annonces sont pleines d'humour. La différence c'est que les "pétards" ont des PhD en physique et que lorsque quelqu'un se décrit comme ayant "un petit côté aventurier", c'est qu'il passe quatre mois par année en Antarctique avec des baleines.

Les scientifiques sont des gens précis. Anne Lambert, la biologiste qui a fondé Science Connection, indique que ses clients ont tendance à avoir des attentes précises, même pendant les relations sexuelles. Ce sont généralement des gens qui veulent réussir l'expérience et sont prêts à déployer des moyens! Un changement rafraîchissant avec le laissez-aller de certains.

Mais si certains membres de Science Connection sont proactifs, d'autres attendent passivement un signal, comme les gens du SETI attendent un message venant de l'espace. On a beau être scientifique, on n'en est pas moins humains.

 

Innovations du coeur

L'intérêt des scientifiques pour la chose amoureuse - ou du moins sexuelle - ne date pas d'hier. L'innovation technologique cache d'ailleurs toujours un motif sous-jacent de séduction.

Quand on y pense, la voiture, le four micro-ondes et l'ordinateur n'ont-ils pas été inventés pour impressionner les filles? Même le gourdin de nos ancêtres n'a-t-il pas été créé pour séduire ?

Plusieurs chercheurs travaillent aussi sur les phéromones, ces hormones sexuelles repérables au nez, et capables de provoquer le rut chez les animaux. Le parfum qui rend irrésistible n'est peut-être pas loin. Et le Viagra ? Qui a inventé le Viagra ? Les politiciens peut-être ?

Évidemment, le nec plus ultra des solutions pour les scientifiques solitaires sera la réalité virtuelle. Avec la vidéo, on se contentait de regarder des gars séduire d'autres filles mais avec la réalité virtuelle, on pourra s'imaginer qu'on les séduit nous-même. Si ça, ce ne n'est pas du progrès !

Toutefois, on peut se demander ce qui arrivera aux véritables relations de couple si à la première frustration, le gars n'a qu'à lancer un programme pour baiser avec Cincy Crawford ou/et Claudia Schiffer.

Décidemment, le prochain siècle sera plein de défis.


Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 17 janvier 1999

 

 

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