Les terroristes du microbe
par Michel Marsolais
L'époque où on craignait de se faire balancer une bombe atomique
sur la tête est peut-être révolue, mais est-on en sécurité
pour autant ? La nouvelle terreur, ce sont les armes bactériologiques.
Des armes terribles et si peu complexes que des pays peu développés
(comme l'Irak) ou des groupes terroristes (comme la secte Aum) peuvent les
utiliser.
En mars1995, la secte japonaise Aum Shinrikyo brisait un tabou en employant
du gaz sarin dans un attentat dans le métro de Tokyo qui fit 12 morts
et 5000 blessés. Un attentat qui reste improvisé et passablement
maladroit. Bien mené, un acte de bioterrorisme dans un endroit aussi
achalandé aurait pu faire des dizaine de milliers de morts.
On devait apprendre par la suite que la secte Aum travaillait sur le
botulisme et que son leader, Shoko Asahara, s'était même rendu
au Zaïre pour tenter d'obtenir des échantillons du virus Ébola.
En 1995, Larry Harris, un microbiologiste aux sympathies nazis, avait
failli obtenir des échantillons de l'organisme responsable de la
peste bubonique, tout simplement en les commandant par la poste à
un laboratoire du Maryland.
Des pays comme l'Irak se procurent aussi aisément -souvent par
la poste- des échantillons de virus auprès des grands laboratoires.
Des échantillons qu'ils n'ont qu'à cultiver pour obtenir de
grandes quantités de matériel bactériologique.
"Ce n'est qu'une question de temps avant que nous ne subissions
un attentat bioterroriste", pense le microbiologiste Raymond Zilinskas
qui a participé aux missions d'inspections de l'ONU en Irak.
Vaccins ou armes
Un des problèmes des inspections en Irak est justement que les
armes biologiques peuvent être fabriquées dans les mêmes
installations que les vaccins, les médicaments ou les engrais agricoles.
Et pas besoin d'un virus diabolique résistant à tout, une
bonne maladie ordinaire comme la peste peut très bien faire l'affaire.
Contrairement à une usine d'armement où il est difficile
de cacher qu'on fait des chars d'assaut, les lieux de production des armes
biologiques laissent souvent les inspecteurs internationaux perplexes. En
effet, les mêmes produits servent à faire des vaccins ou des
engrais et il est difficile de déterminer à l'oeil à
quel genre de production on a affaire.
Quand les Américains bombardent de prétendues installations
d'armes biologiques en Irak ou au Soudan, les principaux intéressés
protestent qu'on a bombardé des compagnies pharmaceutiques. Difficile
de dire qui a raison.
Comme de l'engrais
Le fait que l'Irak ait conçu et utilisé des armes biologiques
ne fait toutefois pas de doute. Mais leur technologie est encore artisanale.
Contre les Kurdes, les Irakiens ont utilisé de l'anthrax (un bacille
qui s'attaque au bétail) dans des missiles, une façon très
peu efficace de répandre la maladie.
Des experts estiment par exemple qu'un avion ordinaire avec mécanisme
d'arrosage pour les terres agricoles pourrait rayer de la carte tous les
habitants d'une grande ville avec une centaine de kilogrames d'une préparation
bactérienne séchée.
Et en plus, on n'a pas besoin de reconstruire la ville...
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 31
janvier 1999
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