La vérité sur les aphrodisiaques
par Michel Marsolais
Les humains pensent au sexe plusieurs dizaines de fois par jour mais ils
rêvent d'aphrodisiaques pour y penser davantage. Pas étonnant
qu'on ait des problèmes de productivité dans la société
!
Si vous recherchiez un petit supplément polisson pour pimenter
vos amours, vous allez être déçu. Les aphrodisiaques,
comme le sexe en général, c'est surtout dans la tête
que ça se passe. Les pseudos vertus érotiques de certains
produits n'ont jamais vraiment passé le test de la réalité
scientifique.
Ce n'est pas faute d'avoir essayer. Déjà en 1982, la Food
and Drug Administration (FDA) avait examiné au peigne fin 15 prétendus
aphrodisiaques dont le ginseng, la cantharide (spanish fly), le gotu kola,
la licorice, le nux vomica, la yohimbine et même la strychnine. Résultat:
nul !
Oh il y a bien certaine substance comme la cantharide qui provoque un
simulacre d'érection, mais il s'agit en fait du symptôme d'une
irritation douloureuse de l'urètre. Une condition, accompagnée
de nausée, qui n'a rien de romantique et qui peut même causer
l'impuissance.
Des études avaient montré que la yohimbine, provenant de
l'écorce d'un arbre tropical, stimulait l'activité sexuelle
des rats, mais les tests chez les humains ont été décevants.
Une substance tirée de la yohimbine - la papaverine - peut toutefois
provoquer une érection lorsqu'elle est injectée directement
dans le pénis. Mais si j'étais une fille et que je voyais
mon prétendant sortir sa seringue, j'aimerais autant laisser faire...
Les études sérieuses n'ont jamais été concluantes
non plus sur l'utilisation de mégadose de vitamine E, de pollen
ou de gelée royale.
Certaines substances comme l'amylnitrate, connu dans la communauté
gai sous le nom de poppers, permettraient de prolonger l'érection
mais il s'agit pas vraiment d'aphrodisiaques puisqu'ils ne fonctionnent
qu'une fois le "spectacle bien en route." Même chose pour
le Viagra qui ne fonctionne que lorsque le désir est là.
Je vous fais grâce des cornes de rhinocéros et des pénis
de tigres, deux fantasmes délirants qui n'auront servi qu'à
conduire ces deux animaux vers l'extinction.
Hormones volantes
On sait que l'odorat joue un puissant rôle dans la sexualité
des animaux. En période de reproduction, les animaux dégagent
des phéromones des sortes d'hormones volatiles qui provoquent
un rut incontrôlable.
On imagine que les humains (surtout les hommes) ont été
alléchés par cette approche et il y a quelques années
la compagnie Jovan avait mis sur le marché une eau de toilette à
base de phéromones baptisée Andron. Encore une fois, il n'a
jamais été démontré qu'un gros quidam qui se
parfume à l'Andron pour camoufler son odeur d'aisselle, fera craquer
les pétards à la discothèque.
Les effets des phéromones sur les humains sont encore mal connus.
On sait qu'elles sont responsables de la synchronisation des menstruations
chez les femmes qui vivent ensemble mais leur incidence sur la libido est
loin d'être clair.
On s'explique encore mal la perte de libido mais on croit qu'elle est
en partie liée aux hormones sexuelles. Pourtant, par exemple, le
déclin de la testostérone chez les hommes n'est pas très
significatif avant 50 ans. Mais un gamin de 18 ans peut baiser six fois
par jour alors qu'à 55 ans, on est content d'y arriver une fois par
deux semaines avec beaucoup de préparation.
A défaut de substances miracles pour retrouver l'appétit
sexuel, vous pourriez peut-être essayez d'être en amour. Ça
fonctionne encore très bien.
Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 14
février 1999
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