Faut-il congédier Pluton?
par Michel Marsolais
Après 20 ans sur une portion d'orbite moins éloignée
que celle de Neptune, Pluton vient tout juste de reconquérir son
titre de planète la plus éloignée du système
solaire. Mais peut-être pas pour longtemps puisque les scientifiques
sont désormais nombreux à penser que Pluton n'est même
pas une planète.
Sur papier, Pluton n'a pas de quoi impressionner. Quatre planètes
(dont la Terre) ont des Lunes plus grosses que Pluton qui, avec ses 2260
km de diamètre, est à peine plus grosse que l'astéroïde
Ceres.
De plus, Pluton est faite de glace et, depuis 1922, on a découvert
près d'une centaine d'autres masses de glace en orbite loitaine au-delà
de Neptune. Des masses de glace moins importantes que Pluton, il est vrai,
mais en nombre suffisant pour que certains puissent penser que Pluton (découverte
en 1930) n'est qu'un débris de glace parmi d'autres aux confins de
notre système solaire.
Pluton est aussi anormalement légère, soit environ
500 fois moins que la masse de la Terre, ce qui soulève d'autres
soupçons.
Ligue majeure
Pluton n'est toutefois pas prête à concéder sa
place dans la "Ligue majeure" des planètes de notre système
solaire. Après tout, si le Liberia peut cotoyer les États-Unis
à l'ONU, pourquoi Pluton ne pourrait-elle pas côtoyer Mars
et Vénus?
Pluton a quelques atouts dans son jeu dont la présence d'une
petite lune appelée Charon. Mais les détracteurs de Pluton
argumentent que certains gros astéroïdes ont aussi, parfois,
des satellites.
L'Union astronomique internationale - l'instance qui classe officiellement
les objets célestes - a tenté récemment de trancher
la question en examinant une proposition visant à donner un "plein
statut de planète" aux corps célestes d'un diamètre
supérieur à 1000 kilomètres - ce qui qualifierait Pluton.
Mais l'approche a été jugée trop simpliste et le débat
se poursuit.
Double citoyenneté
D'autres ont voulu résoudre le problème en proposant
une sorte de double statut pour Pluton pour adoucir sa démotion.
Une approche qui a soulevé l'opposition de la Société
astronomique américaine qui estime qu'il n'y a aucune raison suffisante
pour "congédier" Pluton du rang des planètes.
La reclassification de Pluton invaliderait en outre tous les livres
d'astronomie et sèmerait la confusion chez les élèves
et leurs professeurs, estime le Donald Yeomans, président de la Société
astronomique américaine.
Il faudra peut-être attendre l'envoi d'une sonde sur Pluton,
(lancement prévu en 2004), pour trancher le débat. À
moins que cette mission n'engendre encore plus de confusion...
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Première parution: Le Journal de Montréal, dimanche 21
février 1999
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